1984, 1998, 2000 : quelle est la plus belle finale ?

Publié le 14 juillet 2018

Il y a deux ans, j’avais fait un test comparatif entre les finales perdues de 2006 et 2016. Cette fois, voyons voir les points communs et les différences entre les trois finales gagnées par les Bleus.

C’était l’époque bénie où ils suffisait que l’équipe de France se présente en finale pour la gagner : cinq fois sur cinq entre 1984 et 2003 (en comptant la Coupe des confédérations). Pourtant, en se limitant aux trois tournois majeurs, ceux qui comptent vraiment, les finales de l’Euro 1984 (Espagne, 2-0), de la Coupe du monde 1998 (Brésil, 3-0) et de l’Euro 2000 (Italie, 2-1) sont très différentes dans leurs oppositions, leur scénarios ou leur qualité technique.

Niveau des Bleus : le milieu de 1984, la défense de 1998, l’attaque de 2000

1984 : même si huit des titulaires étaient en Espagne deux ans plus tôt, ce n’est pas la même équipe de France. La défense est le secteur de jeu le plus remanié, avec l’arrivée d’Yvon Le Roux en stoppeur et le recentrage de Bossis en libéro. L’expulsion d’Amoros dès le premier match permet à Domergue de s’installer dans le couloir gauche, Battiston occupant le droit. Surtout, les deux changements décisifs sont l’arrivée de Bats dans les cages, et l’intronisation de Fernandez comme récupérateur à la place de Genghini. Une défense beaucoup plus solide et un carré magique à son apogée : seule l’attaque décevra, avec un Rocheteau hors du coup, un Lacombe en fin de parcours et un Six décevant. Mais en 1984, Platini était une attaque à lui tout seul.

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1998 : avec un dispositif tactique en sapin de Noël (4-3-2-1), Aimé Jacquet blinde sa défense, la meilleure du monde à ce moment-là. En pointe, il hésite entre Henry, qui joue plutôt à gauche, Dugarry, qui n’est pas un véritable avant-centre, et Guivarc’h, qui aura finalement sa préférence. Mais aucun des trois ne marquera lors des matchs-couperet à partir des huitièmes de finale. Les Bleus s’en sortiront par leurs joueurs défensifs, qui auront littéralement porté l’équipe à bout de bras. Devant, jusqu’à la finale, c’est Djorkaeff qui fait le job, plus qu’un Zidane en demi-teinte. Les petits jeunes Henry et Trezeguet brillent au premier tour mais ne sont plus utilisés qu’en remplaçants par la suite.

2000 : c’est sans doute l’équipe la plus forte des trois. Moins infranchissable derrière que celle de 1998 (Thuram est un peu en dedans, comme Deschamps au milieu), elle encaisse sept buts, mais en marque le double, grâce à deux formules utilisées alternativement par Lemerre : un 4-2-3-1 avec Djorkaeff, Zidane et Dugarry derrière Henry, ou un 4-4-2 avec Zidane et Djorkaeff chargés d’alimenter Henry et Anelka en munitions. C’est pourtant trois remplaçants qui seront décisifs le 1er juillet à Rotterdam : Robert Pirès, Sylvain Wiltord et David Trezeguet.

Niveau de l’adversaire : l’Espagne conquérante, le Brésil favori et l’Italie revancharde

1984 : sortant d’un Mundial 1982 complètement raté à domicile, l’Espagne de Miguel Munoz est bien meilleure quand elle arrive à l’Euro. Elle a éliminé les Pays-Bas en phase qualificative, ce qui n’est pas rien. Elle n’a pas de vedettes, mais un groupe très solide et homogène qui ressemble un peu au Portugal 2016, sans l’équivalent de Ronaldo. Son gardien Luis Arconada est l’un des meilleurs d’Europe.

1998 : champion du monde sortant et grandissime favori, le Brésil arrive en France avec Ronaldo et Roberto Carlos en renfort de Bebeto, Cafu, Dunga, Taffarel et Aldair, mais sans Romario, ce qui n’est pas une bonne idée. Au tournoi de France un an plus tôt, il a donné simultanément un aperçu de sa puissance offensive et de ses faiblesses derrière.

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2000 : les finalistes de la Coupe du monde 1994 arrivent en Belgique mal en point. Eliminés dès le premier tour à l’Euro 1996, sortis en quart de finale du mondial 1998, les hommes de Dino Zoff sont avides de revanche. Avec Totti, Del Piero, Cannavaro, Nesta, Maldini et Di Biagio, ils ne font pas partie des favoris mais sentent qu’il y a un coup à jouer.

Parcours de l’adversaire : l’Italie presque fatale, l’Espagne accrocheuse, le Brésil dépassé

1984 : accrochée par la Roumanie et le Portugal, l’Espagne a sorti la RFA de Rummenigge, Schumacher et Kaltz à la dernière seconde de l’ultime match du premier tour. En demi-finale, on lui promet l’enfer contre l’équipe surprise du tournoi, le Danemark d’Elkjaer-Larsen, Laudrup et Jesper Olsen. Mais elle tient le choc (1-1) et emmène les Danois au tirs au but, où elle les achève avec sang-froid.

1998 : une défaite contre la Norvège au premier tour (1-2) et une victoire plus laborieuse que ne l’indique le score contre le Danemark en quart (4-2) font dire que l’ogre brésilien n’est finalement pas si redoutable, à condition de maîtriser Rivaldo et Leonardo au milieu et Ronaldo devant. La défense centrale Baiano-Aldair semble particulièrement prenable, notamment sur les coups de pied arrêtés.

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2000 : pas grand monde n’attendait l’Italie à ce niveau-là, et surtout pas les Pays-Bas qui ont payé cher leur arrogance en demi-finale, qu’ils ont laissé filé dans des conditions baroques (à 11 contre 10 pendant 86 minutes, deux pénaltys manqués pendant le match, trois autres pendant la séances des tirs au but). Autant dire que les Azzuris de Totti et Cannavaro n’ont rien à perdre en finale, et qu’ils souhaitent prendre leur revanche des deux éliminations en Coupe du monde 1986 et 1998.

Parcours de la France : d’abord tranquille, puis maîtrisé

1984 : dans un tournoi marqué par les absences de l’Italie, l’Angleterre, l’URSS et les Pays-Bas, les Bleus sont logiquement favoris, même si leur palmarès est toujours vierge. Le premier match contre le Danemark est très difficile, avec un but chanceux de Platini (tir dévié) et l’expulsion d’Amoros. Mais les Bleus se libèrent sous le soleil de Nantes où ils jouent le match parfait contre la Belgique (5-0). Platini signe son premier hat-trick, et dans la foulée, il récidive quatre jours plus tard contre la Yougoslavie (3-2). La demi-finale contre le Portugal ne doit être qu’une formalité, elle tourne au piège. Mais Séville est encore dans les têtes, Tigana s’arrache au bout de la prolongation et offre le but de la victoire à Platini.

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1998 : alors qu’on leur promet mille tourment, les joueurs d’Aimé Jacquet gagnent les cœurs au terme d’un premier tour parfaitement maîtrisé (trois victoires, neuf buts marqués) à l’exception de l’expulsion de Zidane contre l’Arabie Saoudite. Ça se complique en huitième contre le Paraguay, mais le but en or sauve les Bleus d’une séance de tirs au but qu’ils redoutent. Elle arrive face à l’Italie, et ce sont Henry et Trezeguet qui suppléent les cadres pour contribuer à la qualification. En demi contre une excellente équipe croate, il faut un double exploit de Lilian Thuram pour arracher la qualification qui se dérobait (2-1).

2000 : Les Bleus sont très attendus à Bruges face au Danemark, mais ils réussissent parfaitement leur entrée dans le tournoi (3-0). La République tchèque offre une opposition bien meilleure, et là encore les champions du monde justifient leur statut au terme d’un grand match (2-1). Lemerre fait tourner contre les Pays-Bas (2-3) et l’aventure continue brillamment contre l’Espagne (2-1) et face au Portugal, grâce à une prestation de très haut niveau de Zidane qui transforme un pénalty en prolongation (2-1). Tout réussit à la bande à Deschamps, qui fête sa centième sélection ce soir-là.

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Scénario du match : toujours le mot de la fin

1984 : émoussés par une fantastique demi-finale à Marseille, et sans doute rendus nerveux par l’enjeu énorme d’une première finale à domicile, les Bleus sont dominés en première mi-temps par une Espagne qui prend le jeu à son compte et se crée les occasions les plus franches. Battiston sauve même sur la ligne un ballon brûlant propulsé de la tête par Santillana. L’affaire se débloque juste avant l’heure de jeu sur un coup franc peu évident gratté par Lacombe et transformé par Platini (57e). Dans ce genre de match, le premier qui marque a gagné. Les Bleus s’offrent un deuxième but dans le temps additionnel avec une ouverture de Tigana pour Bellone qui pique le ballon au-dessus d’Arconada (2-0).

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1998 : quand ils rentrent aux vestiaires à la mi-temps, les Brésiliens peuvent presque s’estimer heureux : 0-2, ce n’est pas cher payé, tant les Bleus ont eu d’occasions dans un scénario improbable. Deux corners, tirés par Petit et Djorkaeff, deux têtes de Zidane (pas vraiment son point fort), et deux buts d’avance qui font que, contre toute attente, la finale semble déjà pliée à la mi-temps. Et pourtant les Bleus abandonnent le jeu au Brésil après la pause, ne poussant pas les offensives qui pourraient les mettre définitivement à l’abri. Sûrs de leur solidité défensive, ils gèrent leur avance avec sérénité et finissent par mettre ce troisième but, comme en 1984, au bout du bout de la finale.

2000 : on attendait une finale verrouillée, et la première mi-temps montre tout le contraire : les Italiens attaquent, les Bleus contrent et se créent des occasions. Mais contrairement à 1986 et 1998, l’Italie ouvre le score en début de deuxième mi-temps et s’offre le luxe de rater deux énormes occasions de faire le break, les deux fois par Del Piero. Et pour la troisième fois, les Bleus marquent dans le temps additionnel de la finale, mais ce n’est que l’égalisation. Pour le but de la victoire, il faudra attendre un peu, en prolongation. C’est un but en or qui arrête donc le match, par KO technique.

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Qualité technique du match : 2000 au-dessus du lot

1984 : l’Espagne fait une très bonne finale jusqu’au but de Platini, avec pour seul tort de ne pas convertir une de ses occasions. Après, elle perd le fil et l’équipe de France, qui n’est pas dans un grand jour mais qui a de solides ressources mentales, gère son avance. C’est une finale dès lors sans beaucoup d’émotions, bien loin des sommets de Nantes contre la Belgique ou de Marseille face au Portugal.

1998 : pour un observateur neutre, ce France-Brésil aura été marqué par l’incroyable faiblesse défensive brésilienne en première mi-temps, qui aurait pu déboucher sur un désastre au tableau d’affichage, et sur le double mur dressé par les Français après la pause, surtout une fois réduits à dix avec l’expulsion de Desailly. C’est un match étrange, gagné facilement et traversé par des gestes de grande classe de Zidane et des erreurs techniques grossières des deux côtés (défensives pour le Brésil, offensives pour la France).

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2000 : sans doute désireux d’éviter une prolongation qu’ils ne peuvent se permettre, les Italiens attaquent pied au plancher et les Bleus répliquent, ce qui donne une première mi-temps sans but mais de haute intensité, avec un pressing français très haut qui poussent les Italiens à la faute. Après la pause, l’Italie prend le dessus et gère parfaitement le coup après le but de Delvecchio. Au bord de la rupture, sauvés par Barthez, les Bleus puisent des ressources morales exceptionnelles pour renverser le résultat en attaquant sans relâche. France-Italie 2000 est de loin la plus belle des cinq finales majeures des Bleus, la preuve qu’il est possible de finir un tournoi avec panache et esprit de conquête.

Conclusion : le premier qui marque…

Au plus haut niveau, les renversements de score sont aussi rares que l’oxygène sur les sommets. En clair : le premier qui marque a gagné. C’était le cas en 1984, alors que l’Espagne avait la main sur le match, encore le cas en 1998, alors que la défense brésilienne était à l’agonie. Et c’était le cas lors de huit des dix dernières finales européennes et mondiales depuis 1998.

2000 est l’une des deux exceptions qui confirment la règle. Mais ça s’est joué à quelques centimètres (ceux des deux face-à-face Barthez/Del Piero) et à quelques poignées de secondes (celles qui séparaient le but égalisateur de Wiltord du coup de sifflet final).

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La deuxième concerne les mêmes protagonistes, six ans plus tard, avec un scénario inversé et le recours aux tirs au but. Mais ces exceptions sont d’une certaine manière rassurantes : elles nous disent qu’il n’y a ni fatalité ni garantie après un premier but marqué ou encaissé en finale. Même s’il faut être un peu Français ou Italien pour s’en remettre. Il faudra s’en souvenir.

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