Buteurs en série (2) : les métronomes

Publié le 8 février 2019

Deuxième partie de la série sur les buteurs, consacrée cette fois à ceux qui ont marqué au moins un but lors de plusieurs matchs consécutifs. Pas si simple, on va le voir...

Lire la première partie : Buteurs en série (1) : les exclusifs

Le principe est différent : il s’agit ici pour un même joueur de marquer au moins un but par match lors du plus grand nombre de rencontres successives, sans interruption. Contrairement aux exclusifs, il peut y avoir d’autres buts marqués pour les Bleus par d’autres joueurs, mais la règle est de ne pas compter de trou dans la série des matchs : autrement dit, il faut d’une part que l’équipe de France marque lors de plusieurs rencontres consécutives (sinon la série est interrompue) et que le buteur concerné dispute tous les matchs de la série.

Just Fontaine, encore et encore

Le record du genre est détenu par Just Fontaine et il est vraiment impressionnant. Entre le 8 juin et le 5 octobre 1958, il va marquer lors de 8 matchs consécutifs, et ce pour un total de 16 buts ! Il est vrai que sur cette période, l’équipe de France est la plus prolifique de tous les temps puisqu’elle marque pas moins de 32 fois. Comme si les 23 buts en six matchs lors de la Coupe du monde en Suède ne suffisaient pas, les Bleus en remettent une couche contre la Grèce (7-1) et l’Autriche (2-1) en octobre.

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La majeure partie de sa carrière de buteur en équipe de France se concentre d’ailleurs sur cette série. Il en avait déjà inscrit quatre avant (un triplé pour ses débuts en 1953 et un en amical contre l’Espagne au printemps), il en marquera encore après (un contre l’Italie fin 1958, sept en 1959 et deux en 1960), mais sa légende est déjà écrite.


 

L’année où Michel Platini a touché le ciel

Juste derrière vient celui qui détient le record de buts consécutifs (5). Lequel record est logé à l’intérieur d’une série plus large, celle de 1984 où il marque lors de sept matchs d’affilée : les cinq de l’Euro (neuf buts) et ceux au Luxembourg et contre la Bulgarie à l’automne (un but chacun). Si on ajoute à ces onze buts le doublé contre l’Angleterre en février, ça fait treize en une année. Personne n’a fait mieux depuis (lire l’article Tableau du meilleur buteur de l’année de l’équipe de France de football).

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Jean-Pierre Papin sur la trajectoire du Ballon d’or

En championnat avec l’OM, il écrase la concurrence chaque semaine. En Coupe d’Europe, il s’apprête à vivre à Bari la plus grosse déception de sa carrière. En équipe de France, Michel Platini lui a confié les clés du camion avec Cantona comme copilote. Et ça canonne dans tous les coins : contre l’Espagne (3-1, 1 but) et l’Albanie au Parc (5-0, doublé), en Pologne (5-1, 1 but), à Bratislava contre la Tchécoslovaquie (2-1, doublé) et enfin à Séville contre l’Espagne (1 but). La série s’arrête en novembre contre l’Islande, car JPP est forfait.

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Youri Djorkaeff trouve la route de l’Angleterre

A l’été 1995, Youri Djorkaeff n’a pas encore gagné sa place de titulaire, même si Aimé Jacquet fait régulièrement appel à lui en cours de jeu. Contre la Pologne au Parc en août, il sauve la baraque en égalisant à la 88e (1-1) et permet aux Bleus de rester en course pour la qualification à l’Euro. Il contribue à la victoire record face à l’Azebaïdjan à Auxerre (doublé), marque avant la mi-temps à Bucarest contre la Roumanie, assure la qualif contre Israël et renverse le score face au Portugal. C’est sur cette série qu’il gagne sa place pour l’Euro anglais, où il sera associé à Guérin et Zidane derrière Loko ou Dugarry.

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Jean Nicolas et les trente glorieuses

Au printemps 1934, l’équipe de France prépare sa deuxième Coupe du monde qui aura lieu en Italie. Pour cela, il lui faut éliminer le Luxembourg sur un match, ce qui est fait sur un score de tennis (6-1, quadruplé de Nicolas). Facile pour l’avant-centre du FC Rouen, qui ne laisse pas refroidir contre les Pays-Bas (5-4, triplé). A Turin, contre l’Autriche en huitième de finale de Coupe du monde, la France finit par s’incliner en prolongations, mais Nicolas avait ouvert le score. Et en décembre contre la Yougoslavie au Parc, il signe encore un doublé. Dix buts en quatre matchs, et même douze en sept rencontres si on ajoute son doublé en janvier 1934 contre la Belgique.

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Eugène Maës, le cauchemar de l’Italie

Vous le savez sans doute, l’équipe de France n’a pas battue l’Italie entre 1920 et 1982, ce qui fait un bail. Et pourtant, avant guerre (la première, celle de 14-18), un homme à lui tout seul a fait pleurer la Squadra Azzura. Cet homme, c’est Eugène Maës, l’attaquant du Red Star, 15 buts en 11 sélections. En avril 1911, c’est lui qui signe un doublé contre l’Italie à Saint-Ouen (2-2) pour sa deuxième sortie en équipe de France. En janvier 1912, il commence une série de six buts en quatre matchs consécutifs : contre la Belgique (1-1), face à la Suisse (4-0), d’un triplé historique contre l’Italie à Turin (4-3, le seul d’un joueur français dans l’histoire du derby transalpin), et encore contre l’Italie avec un but victorieux à Saint-Ouen en janvier 1913 (1-0). Pour la première fois de sa jeune histoire, l’équipe de France remporte trois matchs consécutifs. Il faudra attendre 1926 pour voir la seconde.

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David Trezeguet, presque trop facile

La série de quatre matchs avec des buts de Trezegol (34 en 71 sélections) tombe à la fin de 2003. L’année a été prolifique avec 26 buts en 9 matchs (après une défaite initiale contre la République tchèque). Dont seulement deux signés Trezeguet, qui a manqué la Coupe des confédérations en juin. En septembre, il met les bouchées doubles : un doublé, justement, contre Chypre (5-0), un but contre la Slovénie (2-0), un autre face à Israël (3-0) et un superbe doublé à Gelsenkirchen lors d’une merveille de match contre l’Allemagne (3-0). On notera tout de même qu’aucun de ces six buts n’a été décisif, puisque la défense française termine invaincue et que les Bleus gagnent toujours par plusieurs buts d’écart.

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Ernest Vaast, l’éclaircie d’après-guerre

Ce n’est pas l’attaquant français le plus connu, mais il est pourtant l’auteur de 11 buts en 15 sélections seulement, ce qui n’est pas rien. L’attaquant du RC Paris s’illustre dans la période favorable des Bleus juste après la Libération. En avril 1946, il est l’auteur d’un doublé contre la Tchécoslovaquie (3-0), égalise à Lisbonne contre le Portugal (1-2), égalise encore face à l’Autriche (3-1) et donne un avantage décisif contre l’Angleterre (2-1).

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Roger Piantoni, l’avènement d’un gaucher de génie

En 1955, l’ailier gauche de Nancy n’est pas encore l’immense joueur qu’il va devenir en Suède, mais il commence à se faire remarquer. Déjà auteur de 4 buts en 9 sélections, mais écarté de la Coupe du monde 1954, Roger Piantoni s’épanouit sous les ordres d’Albert Batteux, nommé quelques mois plus tôt entraîneur de l’équipe de France. Son association avec Kopa, qui joue alors à Reims, est prometteuse. Contre la Suisse, ils marquent les deux buts de la victoire (2-1), de même à Moscou face à l’URSS (2-2). C’est Piantoni qui égalise contre la Yougoslavie (1-1). A Noël 1955, à Bruxelles face à la Belgique, il remet les deux équipes à égalité mais ne peut éviter la défaite. Qu’importe : les Bleus ne peuvent plus se passer de lui désormais.

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Les séries de trois matchs sont plus courantes

Ils sont 16 à avoir marqué lors de trois matchs consécutifs depuis 1904. Dans l’équipe actuelle, on retrouve logiquement les deux meilleurs buteurs, Olivier Giroud (3 buts en mai-juin 2016) et Antoine Griezmann (5 buts à l’Euro 2016, vidéo ci-dessous) accompagnés par Karim Benzema (5 buts en juin 2014 et 3 buts fin 2010-début 2011), Franck Ribéry (4 buts en septembre-octobre 2013 et 3 buts en mai-juin 2012) et Mathieu Valbuena (3 buts entre novembre 2012 et mars 2013).


 

Dans la génération précédente, on liste Thierry Henry (3 buts à la Coupe des Confédérations 2003 et encore 3 buts en juin 2000), Robert Pirès (3 buts à la Coupe des Confédérations 2003) et Sylvain Wiltord (3 buts en septembre-octobre 2002). Eric Cantona s’était auparavant illustré deux fois, en 1992-1993 (3 buts) et à l’hiver 1990 (5 buts). Son coéquipier Franck Sauzée en avait fait de même en 1991 (3 buts).

Auparavant, Michel Platini avait réalisé la passe de trois entre septembre et novembre 1976 (3 buts), ce qui n’avait plus été réalisé depuis dix ans et Georges Lech (3 buts en octobre-novembre 1966). Just Fontaine avait marqué 7 buts en 3 sorties en novembre-décembre 1959, plus que Raymond Kopa entre mai et octobre 1955 (3 buts, dont un pénalty contre l’Angleterre, vidéo ci-dessous).


 

Juste après-guerre, on retrouve Jean Baratte (4 buts en mai-juin 1947 et 1948-1949, 4 buts), précédé en 1939-1940 de Désiré Koranyi, auteur de 5 buts, les seuls de sa (courte) carrière internationale. Et pour finir, revoici les deux grands buteurs d’avant-guerre : Jean Nicolas (5 buts en 1938, 3 buts en 1933) et son homonyme Paul Nicolas (4 buts en 1920).

pour finir...

L’idée de cet article revient à Matthieu Delahais (coauteur du Dico des Bleus), qui a aussi mis en forme les données nécessaires à la rédaction.

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