Dans la tête de Didier Deschamps (ou presque)

Publié le 31 mai 2018

Jean-Philippe Bouchard, ancien journaliste à L’Equipe et FF, sort aujourd’hui un livre censé nous dévoiler les secrets du sélectionneur des Bleus. C’est un peu vite dit, et vite écrit, mais en cherchant bien on y trouve des choses.

C’est la limite de l’exercice : un livre consacré à un entraîneur est plus pertinent s’il est écrit après la carrière de ce dernier, avec un minimum de recul, et s’il se place dans une perspective historique de l’évolution du jeu. Sorti quinze jours avant le début de la Coupe du monde 2018, et visiblement terminé mi-avril [1], Dans la tête de Didier Deschamps (éditions Solar, 16,90 €) a été écrit très vite, et son contenu manque un peu d’épaisseur : 184 pages en gros caractères, quand on sort des 410 pages très denses d’Une histoire populaire du football (Mickaël Correia, La Découverte), ça change.

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L’objectif, pourtant, est louable : expliquer en quoi la réussite du sélectionneur ne doit pas grand chose à la chance (la fameuse « chatte à Dédé » qui amusait tout le monde jusqu’au but d’Eder contre le Portugal en 2016) mais tout à ses qualités de tacticien et à sa culture de la gagne. Jean-Philippe Bouchard, qui ne cache pas sa proximité avec son sujet (il avait travaillé sur un projet de livre alors que Deschamps terminait sa carrière de joueur à Valence), reprend méthodiquement les principaux reproches adressé au capitaine des champions du monde et tente de les renverser.

Stéphan plutôt que Bernès et Le Graët

Les performances des Bleus sont mitigées depuis 2012 ? Stats à l’appui (mais on peut leur faire dire ce qu’on veut), il démontre le contraire. Sa carrière de coach laisse perplexe ? Les raisons des choix de clubs de Deschamps (Monaco, la Juventus, l’OM et l’équipe de France) sont racontées avec quelques détails intéressants, même si on aurait aimé en apprendre plus sur ses relations avec Jean-Pierre Bernès (son agent), José Anigo (directeur sportif à Marseille) et Noël Le Graët (président de la FFF). Lee rôle de Guy Stéphan, son adjoint chez les Bleus, bénéficie d’une large place, notamment sur sa relation avec les remplaçants et la gestion du groupe.

Sur le choix des joueurs, nulle révélation à attendre sur l’affaire Benzema/Valbuena (qui n’est certes pas le sujet). Mais la raison pour laquelle il a définitivement écarté l’attaquant du Real en mars 2016, alors qu’il semblait préparer son retour en sélection, reste dans le non-dit. Tout juste Bouchard précise-t-il, dans les 15 pages consacrées à l’affaire, que Deschamps n’a pas hésité à rappeler Gignac ou Ben Arfa avec qui ses relations en club avaient été plutôt froides, rendant la thèse de la vengeance personnelle « absurde ». Il aurait été intéressant de savoir ce qui a justifié le choix d’Hugo Lloris comme capitaine.

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La philosophie, c’est d’être efficace

Le choix des systèmes de jeu occupent la cinquième partie (35 pages) du livre. Après avoir rappelé un des mantras de Deschamps (« la philosophie, c’est d’être efficace. Evidemment qu’il faut gagner, on ne joue pas au football pour s’amuser »), Bouchard loue la « capacité d’adaptation rare » du sélectionneur, celle qui lui a permis de rectifier le tir à la mi-temps de France-Irlande en huitièmes de finale de l’Euro (avec la sortie de Kanté et le passage au 4-4-2 avec Griezmann derrière Giroud). Là aussi, on aurait aimé une analyse tactique de la finale perdue contre le Portugal, où la sortie de Ronaldo a été bien mieux négociée par Fernando Santos que par Didier Deschamps.

La dernière partie, qui évoque les axes de communication du sélectionneur, détaille ses habitudes lors du rassemblement des joueurs et face aux médias. Bouchard évacue vite le conflit qui avait opposé la presse au capitaine des Bleus lors de l’Euro 2000, où il l’avait boycottée après que celle-ci se soit interrogée sur son niveau de jeu.

La Coupe du monde 2018 dira si la trajectoire ascendante depuis 2012 continue et si Deschamps saura franchir le cap du dernier match du tournoi, là où son équipe a échoué en 2014 contre plus fort qu’elle (mais sans vraiment jouer le coup à fond) et en 2016 contre un adversaire largement à sa portée. Car, alors que le départ surprise de Zinédine Zidane du Real Madrid va faire monter la pression, « au bout du compte, seuls les résultats parleront ».

[1Page 119, une citation de Deschamps issue du site de la FFF est datée du 14 avril, soit 45 jours avant la parution du livre.

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