Génération 10 : les années Griezmann (depuis 2014)

Publié le 16 août 2018

Le portrait de celle-là est forcément incomplet, puisque cette dixième génération bleue est encore en activité, et sûrement pour longtemps. Mais le titre mondial de juillet 2018 l’a propulsée dans l’histoire du football mondial.

Cet article concernant une génération en cours, il sera mis à jour deux fois par an, en décembre et en juin (ou juillet en cas de phase finale).

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La dixième génération des Bleus est bien celle d’Antoine Griezmann : depuis son arrivée en sélection en mars 2014, jour des adieux de Franck Ribéry, l’équipe de France s’est transformée en machine à vaincre, sinon à convaincre : en un peu plus de quatre ans et 65 matchs, elle a progressé régulièrement avec un quart de finale de Coupe du monde en 2014, une finale européenne en 2016 et donc un titre mondial en 2018. Elle a surtout appris de ses erreurs : sa défaite face à l’Allemagne à Rio lui a permis de prendre sa revanche deux ans plus tard à Marseille, et l’énorme claque de Saint-Denis contre le Portugal a engendré le réalisme de tueur à gages pour achever la Croatie à Moscou.

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Durant ces 52 mois, 62 joueurs ont porté le maillot de la sélection, dont Antoine Griezmann bien sûr, qui a participé à 61 des 65 matchs. Les seuls qu’il a manqués sont anecdotiques : contre a Serbie en 2014 (1-1), le Cameroun (3-2) et la Côte d’Ivoire en 2016 (0-0) et l’Angleterre en 2017 (3-2). Que des rencontres amicales.
Parmi les 61 partenaires de l’attaquant de l’Atlético, trois seulement n’ont pas de temps de jeu en commun : Hatem Ben Arfa, Paul-Georges Ntep et Florian Thauvin, ce dernier l’ayant remplacé deux fois.

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Le cœur et le noyau

Le cœur de la génération Griezmann, ce sont les joueurs qui ont disputé au moins la moitié des matchs de leur carrière internationale dans cette période. Ils sont 43 dans ce cas, dont 28 qui y ont même joué tous leurs matchs (dont 12 comptent moins de 10 sélections, et 4 n’en comptent qu’une). Outre Griezmann, 14 champions du monde sont dans ce cas. On repère plus facilement ceux qui ont raté le coche, comme Digne (21), Martial (18), Schneiderlin et Coman (15), Kurzawa (11) ou Rabiot (6).

Si on regarde maintenant combien ont joué au moins la moitié des 65 matchs de la période (soit 33 ou plus), il en reste huit : Antoine Griezmann évidemment (61), Olivier Giroud (55), Paul Pogba et Blaise Matuidi (53), Hugo Lloris (50), Raphaël Varane (45), Moussa Sissoko (40) et Laurent Koscielny (36).

Sur les graphiques ci-dessous, on représente en orange les matchs joués hors période (avant ou après), en noir les matchs joués dans la période et en gris clair les matchs manqués pendant la période.

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Quinze autres joueurs ont disputé entre un quart (16) et la moitié (32) des matchs de la génération Griezmann. Pour Sagna, Evra, Cabaye, Valbuena et Benzema, l’essentiel de leur carrière internationale appartient plutôt à la génération précédente, celle de Ribéry. Gignac est presque en équilibre entre les deux, mais il compte deux matchs de plus avec l’actuelle.

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Qui les a lancés ?

La génération Griezmann ayant démarré lors de la deuxième saison du mandat de Didier Deschamps, il en est évidemment l’unique sélectionneur. Ses 18 premiers matchs dirigés concernent plutôt la génération Ribéry, qui s’est achevée, on l’a vu, le même jour de la naissance de la génération Griezmann.

Mais qui a lancé le plus de joueurs de cette génération-là ? Sans surprise, Deschamps arrive en tête avec 38 joueurs de Mapou Yanga-Mbiwa en août 2012 à Presnel Kimpembe en mars 2018. Laurent Blanc a contribué à hauteur de 11 internationaux, dont Giroud, Koscielny, Payet et Matuidi. Enfin, Raymond Domenech a fait débuter 13 joueurs dont Lloris, Benzema, Sissoko, Valbuena, Ribéry ou Evra.

Sur le graphique ci-dessous, je mets en évidence pour chaque sélectionneur la proportion de joueurs lancés par lui et leur nombre total de sélections (sur l’ensemble de leur carrière internationale, pas uniquement sur la période).

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Un bilan très brillant

Si on peut entendre que la qualité du jeu n’a pas toujours été au rendez-vous avec cette génération, notamment lors des premiers tours 2016 et 2018, franchement moches, ou d’une Coupe du monde gagnée par l’état d’esprit plus que par les exploits techniques, il faudrait être particulièrement borné pour contester le bilan comptable depuis le printemps 2014. Si l’on s’en tient à la proportion de victoires sur le total des matchs joués, il est même supérieur à celui, pourtant exceptionnel, de la génération Zidane : 66% contre 64%. Certes, les Bleus de Deschamps sélectionneur ont perdu proportionnellement plus souvent que ceux de Zizou joueur (14% de défaites contre 9%), mais les deux-tiers de ces défaites concernent des matchs amicaux [1].

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Si maintenant on regarde uniquement les matchs de compétition, le bilan s’améliore encore : 21 victoires sur 29 (72%) pour seulement trois défaites [2]. Zidane et ses potes avaient fait moins bien avec 65% de victoires en compétition, mais ils perdaient moins souvent : six défaites en 80 matchs. Enfin, en phase finale, les Bleus de la génération Griezmann ont tout simplement le meilleur bilan de l’histoire de l’équipe de France : 19 matchs joués, 14 gagnés pour seulement deux perdus. C’est encore mieux que les 28 victoires et 5 défaites en 37 matchs des champions du monde 98.

Le point haut : 15 juillet 2018 à Moscou, France-Croatie 4-2

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Bien sûr, ce n’est pas le plus beau match des Bleus depuis 2014. Mais, même baroque et improbable, cette finale contre une Croatie redoutable pendant une heure restera dans l’histoire du football français : un froid réalisme doublé d’une franche réussite en première mi-temps (but croate contre son camp, pénalty accordé avec l’assistance vidéo) et une estocade en deux temps et six minutes pour plier le match et donner au score une ampleur tout à fait inattendue.

Sans la stupéfiante bourde de Lloris et avec un peu plus de sang-froid devant, ce France-Croatie aurait même pu se terminer sur un score de tennis. Le métier de Griezmann, la détermination de Pogba et les éclairs de Mbappé auront suffi à masquer les défaillances du duo Kanté-Matuidi, les coups de mou de Pavard et l’inefficacité de Giroud. Avec un sentiment d’inéluctable particulièrement dur à avaler pour les adversaires.

Le point bas : 7 juin 2015 à Saint-Denis, France-Belgique 3-4

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Ce match-là n’était qu’un amical, et il valait mieux perdre celui-ci qu’un autre plus important. Mais à un an de l’Euro à domicile, une cuisante défaite, une raclée même, infligée au Stade de France par les voisins belges, ça faisait désordre. Un doublé de Fellaini en première mi-temps, une frappe lointaine de Nainggolan après la pause et deux pénaltys transformés coup sur coup par Valbuena et Hazard, et voilà des Bleus en perdition menés 1-4 après seulement 54 minutes.

Même si Pogba et Evra sont absents, sept des finalistes de l’Euro sont titulaires et un huitième (Payet) entre à la mi-temps. Humiliés, les Bleus ferment enfin la porte et ramènent le score à de plus justes proportions avec deux buts trop tardifs de Fekir et Payet. Ils prendront leur revanche trois ans plus tard, en demi-finale mondiale à Saint-Petersbourg. Lloris, Varane, Matuidi, Giroud, Griezmann et Fekir seront encore là.

[1Brésil, Belgique, Albanie et Angleterre en 2015, Espagne en 2017, Colombie en 2018

[2Allemagne 2014, Portugal 2016, Suède 2017

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