Nordisk Football : « L’attaque danoise peut prendre feu et faire mal »

Publié le 8 juin 2018, mis à jour le 10 juin 2018

A part Eriksen, le numéro 10 de Tottenham, et Dolberg, l’attaquant de l’Ajax, que connaissez-vous du Danemark ? Arnaud Janus, du site Nordisk Football, va tout vous dire de cette équipe étonnante que les Bleus croiseront le 26 juin.

Pourriez vous vous présenter rapidement, et me dire pourquoi vous suivez en particulier le football danois ?

Je m’appelle Arnaud, j’ai 30 ans et je vis en Alsace. Je fais partie de l’équipe Nordisk Football, qui comme son nom l’indique, a pour objectif de faire découvrir aux Français le foot tel qu’il est vécu dans les pays nordiques, ses acteurs, ses spécificités, etc... Cet intérêt m’est venu d’abord par la Suède, en voyant évoluer des joueurs comme Henrik Larsson, les frères Farnerud à la Meinau, Freddie Ljungberg, Kim Källström et évidemment Zlatan, puis s’est étendu au Danemark, à la Norvège… J’ai été conquis par l’esprit, la passion, les belles histoires et les paysages fantastiques qui constituent ce football.

JPEG - 33.1 ko

Commençons par la surprenante déclaration du sélectionneur danois, Age Hareide, le 24 mai dernier (« Je ne crois pas en cette équipe. J’ai vu la France contre la Suède à Stockholm. Elle n’a rien de spécial. »). Est-il coutumier du fait ? Que cherche-t-il à faire ?

Difficile de trouver à cette déclaration un intérêt, si ce n’est celui de descendre la France de son piédestal. Je pense que Hareide veut convaincre ses hommes que les Bleus ne sont pas intouchables et qu’une victoire face à eux ne relève pas de l’impossible. Il s’est tout de même justifié en disant que ses mots avaient été en partie coupés et sortis de leur contexte. Le Norvégien n’est pas du genre à faire dans la langue de bois, mais je ne crois pas qu’il ait voulu « provoquer » la France.

« Si les Bleus sont touchés dans leur orgueil, ce genre de phrase pourrait se retourner contre lui »

Il s’agit selon moi d’une tentative (peut-être maladroite) de motivation de ses propres joueurs. Ce genre de phrase aurait sans doute plus sa place dans un vestiaire, avant le coup d’envoi du match, que dans un journal. Si les Bleus sont touchés dans leur orgueil, cela pourrait se retourner contre lui. Mais il faut avouer aussi qu’à Stockholm, les Bleus n’avaient effectivement rien de spécial…

Quels sont les joueurs que l’on va découvrir en Russie ?
Tout dépend de ceux que vous connaissez déjà ! Mis à part Christian Eriksen qui est l’un des tout meilleurs milieux offensifs actuellement [1], le Danemark n’a pas de star mondiale. Mais on pourrait citer des garçons comme Delaney, Sisto, Fischer ou bien évidemment Dolberg.

Le Danemark 2018. Debout, de gauche à droite : Schmeichel, Poulsen, M.Jorgensen, Dalsgaard, N.Jorgensen, Kjaer. Accroupis : Kvist, Sisto, Larsen, Delaney, Eriksen.
Le Danemark 2018. Debout, de gauche à droite : Schmeichel, Poulsen, M.Jorgensen, Dalsgaard, N.Jorgensen, Kjaer. Accroupis : Kvist, Sisto, Larsen, Delaney, Eriksen.

Le premier, Thomas Delaney (26 ans), est désormais bien connu en Bundesliga. Il était une pièce maîtresse du Werder Brême et vient de signer à Dortmund. C’est un milieu axial très travailleur et intelligent. Le jeu passera par lui et il a cette capacité à faire briller Eriksen en faisant le « sale boulot » à côté de lui. Un vrai bon joueur.

« A 20 ans, Kasper Dolberg a un talent immense et un très bel avenir »

Pione Sisto a 23 ans et évolue sur l’aile gauche du Celta Vigo. Il est encore un peu brouillon, mais possède une capacité de dribble et d’accélération assez déconcertante. Avec 10 passes décisives en Liga cette saison, il est à surveiller comme le lait sur le feu.

Viktor Fischer sera sa doublure. Formé à Midtjylland puis à l’Ajax, il est passé par Middlesbrough et Mayence sans parvenir à s’imposer. Mais il a tout juste 24 ans et depuis son arrivée au FC Copenhague en janvier, c’est 7 buts et 9 passes décisives en 18 matchs de championnat.

Kasper Dolberg
Kasper Dolberg

Après son éclosion l’an passé, Kasper Dolberg, attaquant de l’Ajax, a quant à lui réalisé une saison décevante, interrompue pendant deux mois et demi par une blessure au pied. À 20 ans, avec son talent immense, difficile cependant de ne pas voir en lui un très bel avenir.

Bien sûr, s’ils ne vous sont pas encore familiers, on pourrait également parler d’Andreas Christensen, défenseur central de Chelsea de 22 ans, Yussuf Poulsen, attaquant de Leipzig, ou encore Nicolaï Jørgensen, notamment auteur d’une saison 2016/17 à 21 buts et 14 passes décisives en Eredivisie avec le Feyenoord.

Pourquoi Mikkel Duelund, qui semble très prometteur et qui a un an de plus que Mbappé (il est né en juin 1997), n’est pas dans la liste des 35 ?

Je pense que c’était encore un peu tôt pour lui. La concurrence est féroce aux postes auxquels il peut évoluer, notamment avec des Sisto, Poulsen, Fischer que j’ai cités plus haut. Duelund est effectivement très talentueux et a le potentiel pour faire partie de la sélection A dans les années à venir, mais pour l’instant, sa progression se poursuit avec les U21. Comme il le disait lui-même lorsque nous l’avons interviewé, il veut prendre son temps pour évoluer dans le bon sens.

Mikkel Duelund
Mikkel Duelund

De plus, il a joué une partie de la fin de saison blessé au pied, en serrant les dents pour gagner le titre avec Midtjylland. C’est désormais chose faite. Il termine cet exercice avec 8 buts, 7 passes décisives et beaucoup d’expérience engrangée. Déjà courtisé depuis longtemps à l’étranger, il a jusque-là souhaité rester dans son club formateur.

Mais cet été pourrait être le bon afin de passer un cap, le FC Midtjylland étant prêt à le libérer en cas d’offre suffisante. À lui désormais de choisir une destination qui lui permettra de s’épanouir, de jouer et de se retrouver peut-être dans les 23 du Danemark à l’Euro !

Que peut espérer le Danemark au premier tour de la Coupe du monde ?

L’objectif affiché est évidemment de se qualifier pour les huitièmes de finale. Le Danemark ayant été absent de la dernière Coupe du Monde, mais aussi du dernier Euro, peu de joueurs ont l’expérience de ces compétitions. Depuis deux ans, Hareide a cependant réussi à refaire de cette équipe une formation qui compte en Europe. Les Danois sont invaincus depuis 14 matchs [2], ce qui est la plus longue série d’invincibilité de leur histoire. Ils arrivent ainsi armés d’un beau capital confiance et avec un leader technique formidable en la personne de Christian Eriksen.

Christian Eriksen
Christian Eriksen

« Eriksen et Sisto pourraient se délecter des espaces laissés dans le dos de Sidibé et Mendy »

De plus, sans être faciles, les matchs face au Pérou et à l’Australie sont à la portée d’un Danemark appliqué. En cas de troisième match à fort enjeu, les Bleus ne devront surtout pas sous-estimer les Scandinaves ! Bien sûr, les fusées françaises devraient faire très mal aux latéraux danois, mais réciproquement, Eriksen à la passe et Sisto à la course pourraient se délecter des espaces laissés dans le dos de Sidibé et Mendy.

Je pense qu’une élimination au premier tour serait une réelle déception et une porte ouverte aux critiques envers le sélectionneur norvégien. Celui-ci a en effet laissé à la maison des garçons comme Daniel Wass, Riza Durmisi, mais aussi les blessés Andreas Bjelland et Nicklas Bendtner qui s’annonçaient pourtant remis à temps. Le franco-danois Pierre-Emile Højbjerg aurait également pu prétendre à une place, même s’il n’est pas indiscutable. Le premier rendez-vous, face au Pérou, sera en tout cas capital !

Pione Sisto
Pione Sisto

Les joueurs qui évoluent au Danemark ont-ils une chance de percer face à la concurrence de ceux qui jouent en Angleterre, en Espagne, en France ou en Allemagne ?

En observant la liste des 23 d’Hareide pour la Coupe du Monde, on a forcément envie de dire que c’est compliqué… Si trois d’entre eux ont évolué cette saison au Danemark, seul Frederik Rønnow, 3e gardien de la sélection qui gardait les cages de Brøndby, n’a jamais quitté la Superliga. Et encore, il vient de s’engager pour l’Eintracht Francfort… Viktor Fischer et William Kvist, actuels joueurs de Copenhague, ont déjà connu l’Allemagne et l’Angleterre.

« L’écart reste grand entre la première division du Royaume et le haut niveau européen »

La liste élargie de 35 comprenait Mathias Jensen, Peter Ankersen, Robert Skov et d’autres qui évoluent également au pays, mais l’écart reste grand entre la première division du Royaume et le haut niveau européen. Une expérience à l’étranger ou en coupes continentales rassurera certainement les sélectionneurs.

Le cas Duelund en atteste. Performant au Danemark il est cependant compliqué d’évaluer son niveau sur le plan international pour l’instant. Cela ne saurait tarder. Bien sûr, le déséquilibre financier entre les grands championnats et la Superliga engendre également la vente rapide, parfois prématurée, des talents les plus prometteurs.

Est-ce que des joueurs de la trempe d’Alan Simonsen ou des frères Laudrup pourraient émerger dans les années à venir ?

Difficile à dire… Qui sait par exemple où s’arrêterait Christian Eriksen s’il signait dans un « top club » comme le Real, le Bayern, le Barça ? Sa patte, son intelligence, sa justesse pourraient en faire l’un des tous meilleurs joueurs que le Danemark ait connus, si ce n’est déjà le cas. De là à gagner le Ballon d’Or comme Simonsen, cela paraît compliqué aujourd’hui.


 
Je trouve que du haut de ses 20 ans, Kasper Dolberg dégage lui aussi quelque chose de particulier avec une puissance et une sérénité peu communes à son âge. Dans un autre registre, Andreas Christensen peut devenir un très grand défenseur. Au Danemark, les centres de formation progressent. Par exemple, Nordsjaelland compose chaque weekend une équipe qui tourne autour des 21-22 ans de moyenne, en grande majorité issue de son académie. Cela n’a pas empêché les Tigres de se qualifier pour les tours préliminaires de l’Europa League.

Le champion, Midtjylland, est également très performant dans le domaine. D’ailleurs, Mathias Jensen et Mikkel Duelund, peut-être les joueurs les plus convoités de Superliga cet été (et à juste titre), sont issus de ces deux équipes. Alors pourquoi ne pas imaginer un futur crack naître de ces écoles de champions ?

Qu’est-ce qui a changé au Danemark depuis la victoire à l’Euro 1992 ?

Je suis un peu jeune pour juger de cela, mais je pense que ce titre a appris aux Danois que TOUT était possible dans le sport ! L’histoire de cette victoire est fabuleuse ! Pour rappel, le Danemark ne doit sa qualification à cet Euro qu’à l’exclusion de la Yougoslavie à cause de la guerre des Balkans. Et finalement, après une préparation de dix jours avec des joueurs qui étaient déjà en vacances, ils se retrouvent champions d’Europe en ayant éliminé la France, les Pays-Bas et l’Allemagne en finale…


 
Voilà le genre d’aventure qui marque forcément un pays, d’autant que tous sports collectifs confondus, il me semble qu’il s’agit du premier grand trophée du Danemark. Le pays a appris qu’il pouvait gagner et en prime, il s’est offert une superbe place dans l’histoire du football.

« Le Danemark produit généralement plus de jeu que la Suède ou l’Islande »

Que pèse le Danemark dans le foot scandinave, comparé à la Suède, la Norvège ou l’Islande ?

De manière générale, je pense que le foot progresse dans ces pays. La présence pour la première fois de trois nations nordiques à la Coupe du Monde en atteste. Sur le terrain, je dirais que le Danemark produit généralement plus de jeu que la Suède ou l’Islande mais reste plus dépendant de sa « star ». Là où Suédois et Islandais développent une tactique parfaitement huilée en faisant preuve d’une grosse force collective, la bande à Hareide est sans doute moins apte à subir et peine un peu plus à trouver des solutions en l’absence d’Eriksen.

Non pas que les joueurs autour de lui soient moins bons que ceux des autres pays, mais l’influence d’un tel numéro 10 est forcément difficile à remplacer. À l’inverse, avec lui cette équipe peut faire de très belles choses, comme le festival réalisé à Dublin en barrages (1-5) ou face à la Pologne en éliminatoires (4-0). L’attaque peut prendre feu et faire très mal. Les latéraux restent pour moi le principal point d’interrogation.


 
Paradoxalement, la nation la plus prometteuse parmi celles que vous citez est peut-être celle absente en Russie. La Norvège est en train de monter une jeune et belle équipe avec une génération exceptionnelle. Emmenée par des Berge, Ajer et autre Ødegaard, elle pourrait être une jolie surprise des prochaines années.

Dès septembre commence la Ligue des Nations. Le Danemark est en Ligue B, dans un groupe où il a ses chances (Pays de Galles et République d’Irlande). La montée en Ligue A est-elle un objectif ?

Le Danemark veut progresser et s’installer parmi les très bonnes équipes européennes. Je pense donc pouvoir affirmer que oui, c’est un objectif. Surtout, la Ligue des Nations offre un billet direct pour l’Euro à chaque division. Il serait donc risqué et dommageable de faire une croix dessus, d’autant que le Danemark fait selon moi partie des toutes meilleures équipes de la Ligue B.

La liste des 23 Danois

Gardiens :
1. Kasper Schmeichel (Leicester City, Angleterre)
22. Frederik Rönnow (Brondby IF, Danemark)
16. Jonas Lössl (Huddersfield Town, Angleterre)
 
Défenseurs :
4. Simon Kjaer (FC Séville, Espagne)
13. Mathias Jorgensen (Huddersfield Town, Angleterre)
6. Andreas Christensen (Chelsea, Angleterre)
17. Jens Stryger Larsen (Udinese, Italie)
3. Jannik Vestergaard (Mönchengladbach, Allemagne)
14. Henrik Dalsgaard (Brentford FC, Angleterre)
5. Jonas Knudsen (Ipswich Town, Angleterre)
 
Milieux :
10. Christian Eriksen (Tottenham Hotspur, Angleterre)
8. Thomas Delaney (Werder Breme, Allemagne)
7. William Kvist (FC Copenhague, Danemark)
19. Lasse Schöne (Ajax Amsterdam, Pays-Bas)
18. Lukas Lerager (Bordeaux, France)
2. Michael Krohn-Dehli (La Corogne, Espagne)

Attaquants :
9. Nicolai Jorgensen (Feyenoord, Pays-Bas)
21. Andreas Cornelius (Atalanta, Italie)
23. Pione Sisto (Celta Vigo, Espagne)
15. Viktor Fischer (FC Copenhague)
20. Yussuf Poulsen (RB Leipzig, Allemagne)
11. Martin Braithwaite (Bordeaux, France)
12. Kasper Dolberg (Ajax Amsterdam, Pays-Bas)

[1Meneur de jeu de Tottenham, 26 ans.

[2après le 0-0 contre la Suède le 2 juin dernier.

Derniers livres parus

Sites partenaires


Stats sur l'équipe de France


Base de données mondiale


Matches en intégralité