2016, un bilan en bleu (2/6) : le sélectionneur

Publié le 6 décembre 2016, mis à jour le 11 décembre 2016

Ça aurait pu être l’année d’un troisième titre européen après ceux de 1984 et 2000. Didier Deschamps a bien failli y arriver, à un poteau près dans le temps additionnel le 10 juillet. Le reste était quand même bien.

On dit souvent que le métier de sélectionneur, s’il soumet son homme à une pression éprouvante à chaque compétition, laisse quand même beaucoup plus de temps libre qu’un entraîneur de club. En 2016, Didier Deschamps n’aura pas beaucoup eu le loisirs de souffler, et on imagine qu’il arrive aux vacances de Noël encore plus carbonisé qu’un président de la République en fin de mandat. Plus qu’en 2014 où l’enjeu était de regagner un minimum de crédibilité, 2016 a pris la forme d’un crash test permanent déconseillé aux âmes sensibles.

S’adapter aux circonstances

Mieux valait en effet être être souple pour faire face au cours du premier semestre à la mise à l’écart confirmée de Karim Benzema (meilleur buteur en activité), Mathieu Valbuena (meilleur passeur et homme de base de la sélection), Raphaël Varane (vice-capitaine et meilleur défenseur) et Lassana Diarra (régulateur du milieu de terrain). Soit une colonne vertébrale au grand complet hors service alors même que l’Euro n’était pas commencé.

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Si on ajoute la suspension (finalement levée, mais trop tard pour l’Euro) de Mamadou Sakho et les blessures de Mathieu Debuchy et de Benoît Trémoulinas, la barque semblait bien pleine au moment d’aborder l’Euro. Mais ce n’était pas tout, puisque Manuel Valls se croyait d’abord autorisé à donner son avis sur la mise à l’écart de Benzema [1] avant que le choix de ne pas retenir Hatem Ben Arfa ne déclenche une polémique de plus. Eric Cantona [2]puis Karim Benzema [3] accusent le sélectionneur « d’avoir cédé à la pression d’une partie raciste de la France. » Par un effet collatéral, ce climat délétère cible Olivier Giroud, qui n’est certes pas le meilleur ami de Benzema et qu’une partie du public siffle copieusement à chaque sortie des Bleus.

Deschamps encaisse, mais il n’oublie rien. A la fin du mois d’août, il rappelle : « Je n’oublierai pas. Après, je sais pourquoi je suis là, je vais de l’avant mais ce qui a été dit est inacceptable » [4] Puis il passe à autre chose. Affaire classée.

Les choix sportifs

On se souvient qu’en 2014, le sélectionneur avait plutôt bien géré les forfaits de dernière minute de Clément Grenier et surtout de Franck Ribéry. En 2016, c’est Raphaël Varane qui renonce le 24 mai suite à une blessure à la cuisse gauche, puis Lassana Diarra quelques minutes avant la date limite pour le dépôt des listes le 31 mai. Il remplace le premier par Adil Rami et le second par Morgan Schneiderlin. En plein Euro, alors que les performances de Rami inquiètent, il lance Samuel Umtiti, zéro sélection, en quart de finale contre l’Islande. L’ancien lyonnais jouera les trois derniers matches aux côtés de Laurent Koscielny. Pari gagné.

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En septembre, Deschamps choisit d’écarter Patrice Evra (qui n’a pas renoncé à la sélection) pour promouvoir (enfin !) de nouveaux joueurs dans les couloirs, à savoir Sidibé à droite et Kurzawa à gauche. Succès mitigé. Il surprend en continuant la cure de jouvence en attaque avec Ousmane Dembélé, puis injecte massivement du sang neuf en novembre dans chaque ligne (Costil dans les cages, Corchia derrière, Rabiot au milieu et Lemar devant). Pas sûr que les deux premiers aient un grand avenir en sélection, mais le Parisien et le Monégasque ont une carte à jouer. On y reviendra.

Quelles options tactiques ?

C’est sans doute là que l’on peut nourrir le plus de regrets. Au printemps, portés par le quatuor offensif Pogba-Griezmann-Giroud-Payet, les Bleus affichent une puissance de feu impressionnante, avec treize buts inscrits lors des quatre matches de préparation. C’est bien, mais derrière ça ne suit pas, avec deux buts encaissés à chaque rencontre sauf la dernière contre l’Ecosse. Pour un milieu défensif pragmatique comme Deschamps, ça ne va pas. Il serre donc la vis lors du premier tour de l’Euro, avec comme résultat la fin de l’hémorragie défensive (un seul but encaissé, sur pénalty) mais de grosses difficultés dans l’animation et une incapacité à débloquer le tableau d’affichage rapidement (aucun but inscrit en première mi-temps lors des quatre premières rencontres).

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La grande forme de Griezmann et sa bonne entente avec Payet et Giroud vont permettre de revoir cette furia offensive momentanément, lors de la deuxième période contre l’Irlande et de la première face à l’Islande. Puis l’élan retombe. En finale, contre le Portugal, les limites tactiques du projet de Deschamps sautent aux yeux avec l’incapacité de l’équipe de tirer parti de la sortie prématurée de Ronaldo. Pogba, placé en sentinelle, est coupé du reste de l’équipe, Griezmann n’avance plus et Matuidi n’y est pas. L’entrée des trois attaquants remplaçants (Coman, Gignac puis Martial) ressemble au coup de poker tardif et désespéré face à l’Allemagne à Rio en 2014 (Giroud et Rémy à la place de Valbuena et Cabaye). Avec le même résultat.

En septembre à Borisov, les Bleus vont être tenus à nouveau en échec par une équipe largement à leur portée. La Biélorussie joue clairement le match nul et l’équipe de France ne trouve pas la clé d’une rencontre crispante, faute de lucidité devant et de capacité à changer de schéma de jeu en cours de rencontre. Deux mois après le Portugal, c’est un nouveau constat d’échec qui met immédiatement la pression sur les rencontres d’octobre et de novembre, que les Bleus remporteront.

De la chance, ou pas ?

C’en est presque devenu une légende urbaine l’été dernier : la chance de Deschamps (pour ne pas tomber dans une expression plus imagée) atteignait des proportions telles que rien de grave ne pourrait arriver aux Bleus. Et, de fait, entre la mi-temps du huitième de finale de l’Euro contre l’Irlande et la première demi-heure face au Portugal, c’est un stock de fers à cheval sur une prairie de trèfles à quatre feuilles que le sélectionneur a collectionné. Les Irlandais flanchent brutalement face aux percées de Griezmann, l’Islande sort l’Angleterre et, toute fière, oublie de jouer pendant une mi-temps à Saint-Denis, l’Allemagne enregistre le forfait de Gomez et Khedira avant la demi-finale de Marseille où Schweinsteiger offre un pénalty et Boateng se blesse tout seul. Et les Bleus rencontrent en finale la plus faible équipe de l’autre moitié de tableau, contre laquelle ils restent sur dix victoires d’affilée et qui perd son meilleur joueur après huit minutes.

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L’inconvénient d’une pareille accumulation, c’est que tôt où tard ça finit par tourner. Le tir de Gignac sur le poteau dans le temps additionnel, une erreur d’arbitrage qui entraîne carton jaune pour Koscielny et un coup franc que Lloris repousse en se blessant et un but dans la minute qui suit alors que le premier n’ose pas contrer Eder et le second tarde à plonger.

Conclusion : oui, Deschamps a eu de la chance, mais pas tout le temps, comme on l’a vu plus tôt. Et d’autres que lui ne se seraient sans doute pas si bien tirés de la cascade de forfaits avant le tournoi, d’un premier tour mal maîtrisé et d’un pénalty encaissé d’entrée lors du premier match couperet.

Un bilan entre Domenech et Hidalgo

L’an dernier, on avait comparé le bilan de Didier Deschamps après 43 matches avec celui de Lemerre, Jacquet, Domenech et Hidalgo. epuis, les deux premiers ont été rejoints puis dépassés par le sélectionneur actuel, qui a désormais dirigé 60 rencontres. A ce stade de sa carrière, a-t-il fait mieux ou moins bien que Hidalgo et Domenech quand ces derniers en étaient au même point ? [5]

Si on distingue les matches qui comptent vraiment (en compétition, donc) et les amicaux, on constate que Deschamps en a gagné deux de plus que Hidalgo mais un de moins que Domenech. Et que des trois, il est celui qui en a perdu le moins, Hidalgo comptant autant de défaites que ses deux successeurs réunis.

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Avec seulement quatre défaites en compétition en quatre ans, il justifie sa réputation de gagneur, mais il convient de tempérer ce chiffre flatteur : si deux de ces échecs n’ont pas eu de conséquence finale (le match contre l’Espagne en mars 2013 et le barrage aller en Ukraine en novembre de la même année), les deux autres ont coûté très cher puisqu’il s’agit du quart de finale mondial contre l’Allemagne en 2014 et de la finale de l’Euro face au Portugal cette année.

Si on regarde maintenant uniquement le pourcentage de victoires et de défaites en compétition, Didier Deschamps est largement devant ses aînés, avec près de deux tiers de matches gagnés pour un sixième de perdus, alors que Domenech et Hidalgo dépassent de peu la moitié de victoires. A noter que si les dix-neuf derniers mois de Domenech ont été catastrophiques et ont plombé son bilan final, les quinze derniers mois d’Hidalgo l’ont largement amélioré. On souhaite à Deschamps de suivre la voie du second plutôt que celle du premier.

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[1 Le 15 mars, il affirme que « les conditions de son retour ne sont pas réunies ».

[2Le 26 mai, dans une interview au quotidien anglais The Guardian.

[3Le 31 mai, dans le quotidien espagnol Marca.

[4Dans un entretien donné à l’Equipe le 26 août.

[5En mars 1983 pour Hidalgo et en novembre 2008 pour Domenech.

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