Ainsi s’achèvent les carrières (1) : dans l’anonymat

Publié le 21 janvier 2019

Première partie d’une série sur la façon dont s’est terminée la carrière d’une trentaine d’internationaux. En commençant par ceux, et pas des moindres, qui sont partis dans l’anonymat, sans savoir qu’ils jouaient leur dernier match.

S’il est évident de repérer les débuts internationaux d’un joueur, il est rare que le dernier match soit annoncé à l’avance. La plupart du temps, une carrière internationale s’achève dans l’anonymat, et ce n’est que plusieurs mois plus tard, voire plusieurs années, que l’on peut décocher la case « joueur en activité » dans la base de données de l’équipe de France.

La première partie de cette série, qui en comptera trois, est consacrée à ces fins anonymes, c’est-à-dire non annoncées et en dehors d’une phase finale européenne ou mondiale, qui sert souvent (mais pas toujours) d’échéance à une carrière internationale. Sur les 905 internationaux que compte l’équipe de France depuis 1904 (au 1er janvier 2019), si on enlève la cinquantaine qui sont encore en activité, la quasi-totalité des 850 ont terminé dans l’anonymat, qui est évidemment le cas le plus courant. J’ai choisi de raconter la fin d’une dizaine d’entre eux, parmi les plus connus, et qui auraient mérité des adieux d’une autre tenue.

Roger Piantoni, le 28 septembre 1961 (Finlande, 5-1)

La superbe équipe de France de 1958 n’est plus qu’un lointain souvenir, et du carré magique d’alors, il ne reste plus que Roger Piantoni pour ce match qualificatif pour la Coupe du monde au Chili. Fontaine, victime d’une fracture de la jambe qui a mis un terme à sa carrière, est définitivement out. Jean Vincent ne jouera plus qu’une fois, le match suivant, et Raymond Kopa ira bientôt au clash avec le sélectionneur. A 29 ans, celui qui sera sollicité bientôt par River Plate quitte définitivement la sélection. en inscrivant un dernier but sur coup franc du gauche dans la lucarne, ultime geste de classe.


 

Jean Vincent, le 18 octobre 1961 (Belgique, 0-3)

Cet automne 1961 est décidément maudit. Après Roger Piantoni, c’est au tour de Jean Vincent, autre géant de 1958, de quitter les Bleus sur une vilaine défaite en amical à Bruxelles. Vincent porte le brassard de capitaine et est aligné comme demi défensif mais la défense française est à ce point submergée qu’il recule comme arrière gauche, essayant de contenir l’ailier droit adverse, Paul Van Himst. Vincent et Jean-Jacques Marcel paient les pots cassés et ne sont pas retenus pour le match suivant, à Sofia contre la Bulgarie. Les Bleus n’iront pas à la Coupe du monde au Chili, et la carrière internationale de Jean Vincent s’arrête là, avec 46 sélections et 12 passes décisives.

Raymond Kopa, le 11 novembre 1962 (Hongrie 2-3)

Si la toute dernière sélection de Raymond Kopa date bien d’un triste amical contre la Hongrie à Colombes (2-2, doublé de Fleury Di Nallo qui faisait ses débuts), il est rappelé en octobre 1963 par le sélectionneur Georges Verriest, qu’il déteste et qui lui rend bien. Un mois plus tard, Verriest avait mis en cause dans la presse la mentalité du Ballon d’or 1958. Kopa lui demande de s’excuser et de retirer ses propos et lui donne une heure. Verriest refuse, Kopa s’en va. La FFF le suspend pour un mois et demi. On ne le reverra plus en équipe de France. Quant à Verriest, il démissionnera en juillet 1964, quelques semaines après l’élimination en quart de finale du Championnat d’Europe contre la Hongrie.

Michel Platini, 29 avril 1987 (Islande, 2-0)

Cinq mois après sa dernière apparition, l’équipe de France de Henri Michel fait son retour contre l’Islande pour tenter de rester dans les clous d’une qualification pour l’Euro 88. Depuis le Mexique, elle n’a marqué aucun but en quatre matchs (deux nuls, deux défaites). Gérald Passi et Carmelo Micciche font leurs débuts dans une équipe sans inspiration qui va quand même s’imposer 2-0. Michel Platini, qui va jeter l’éponge 18 jours plus tard contre Brescia au Studio Communale, savait sans doute qu’il jouait pour la 72e et dernière fois en Bleu, dans ce Parc des Princes qu’il a tant aimé. Il ne marque pas, mais il offre une ultime passe décisive à Micciche, sa vingtième (!) en sélection. Il n’y avait que 27 732 spectateurs pour le voir, une misère.


 

Jean Tigana, 19 novembre 1988 (Yougoslavie, 2-3)

Depuis une déprimante défaite à Oslo contre la Norvège en juin 1987, Tigana a officiellement jeté l’éponge. Les Bleus, c’est fini. Mais à la Toussaint 1988, Henri Michel est éjecté de son poste et remplacé par Michel Platini, avec à la manœuvre Claude Bez, le président des Girondins de Bordeaux. Lequel, d’un seul coup, décrète la mobilisation générale, y compris de ses joueurs Battiston et Tigana. Le premier match de Platini sélectionneur est plein de promesses : à Belgrade, les Bleus avec le débutant Christian Perez mènent deux fois mais finissent par perdre (2-3). On ne reverra plus Tigana en sélection : à 33 ans, son retour n’aura servi à rien.

Joël Bats, 18 novembre 1989 (Chypre 2-0)

Cette fois, c’est sûr, les Bleus sont éliminés et n’iront pas en Italie. Leur dernière victoire contre l’Ecosse (3-0) n’a servi à rien. Il reste un match à jouer contre Chypre, à Toulouse. Un succès petit bras avec deux buts des débutants de l’année, nommés Didier Deschamps et Laurent Blanc. Bats n’a pas grand chose à faire derrière une défense baroque Silvestre-Sauzée-Casoni-Amoros. C’est le joueur le plus expérimenté (32 ans) et il fête sa 50e sélection, un record pour un gardien en équipe de France. Mais en 1990, Michel Platini préfèrera s’appuyer sur Bruno Martini.


 

Jean-Pierre Papin et Eric Cantona, 18 janvier 1995 (Pays-Bas, 1-0)

Ces deux-là, qui ont débuté en sélection à 18 mois d’intervalle (février 1986 pour JPP, août 1987 pour Canto) finissent le même soir d’hiver à Utrecht. Cantona est capitaine et évolue en meneur de jeu, Papin occupant la pointe d’un 4-4-2 avec Loko. Les Bleus et leurs cinq Nantais l’emportent mais se marchent un peu sur les pieds. C’est la fin pour Papin qui vit une saison quasi-blanche au Bayern (7 matchs) à cause de nombreuses blessures. Quant à Cantona, il écope de sept mois de suspension suite à son high-kick sur un supporter de Crystal Palace une semaine plus tard. Jacquet préfèrera laisser de la place au jeune Zidane. L’histoire lui a donné raison.

Emmanuel Petit, 12 février 2003 (République tchèque, 0-2)

Depuis la Coupe du monde 2002, Jacques Santini, qui a pris la succession de Roger Lemerre, compte sur la paire de récupérateurs Makelele-Vieira. L’indisponibilité de ce dernier relance Manu Petit en novembre contre la Yougoslavie. En février contre la République tchèque, Vieira remplace Makelele à la mi-temps, mais quand Petit sort à la 75e, les Tchèques mènent 2-0. Ce sera la première défaite de Santini (et l’avant-dernière), juste avant une série de 14 victoires de rang. Petit ne la jouera pas. Pour lui, l’aventure en Bleu est terminée.


 

David Trezeguet le 26 mars 2008 (Angleterre, 1-0)

C’est peu dire que Raymond Domenech ne l’apprécie pas. Remplaçant à la Coupe du monde 2006, David Trezeguet ne joue que deux fois en 2007. Il est rappelé en amical contre l’Angleterre, où il est associé à Nicolas Anelka devant. Pas l’idée du siècle. Un pénalty de Franck Ribéry suffit, puis Trezeguet sort à la 64e, remplacé par Sidney Govou. Il ne sera pas retenu pour l’Euro 2008 où Domenech emmènera Gomis et Benzema.

Patrick Vieira le 2 juin 2009 (Nigéria, 0-1)

Finir sa carrière internationale en 2009 n’est pas vraiment un cadeau. Un an après un Euro complètement raté, et un an avant une Coupe du monde calamiteuse, l’équipe de France finissante de Raymond Domenech se traîne sans conviction. Après deux victoires minimalistes contre la Lituanie au printemps, elle termine sa saison par deux amicaux contre le Nigéria à Saint-Etienne et la Turquie à Lyon. Vieira est capitaine et pense pouvoir dépasser bientôt Zidane (108) au nombre de sélections. Il restera bloqué à 107. Devant un public qui siffle copieusement, les Bleus perdent sur un coup de billard. Pour le bicentenaire de Louis Braille, le nom des joueurs était inscrit dans cet alphabet sur les maillot. Les spectateurs, eux, n’ont rien vu.

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