En 1998-99, comment Roger Lemerre a utilisé ses champions du monde

Publié le 30 mars 2019

La saison d’après-titre a été compliquée pour les Bleus il y a vingt ans, avec trois nuls, une défaite et des victoires sur le fil. Dans quelle mesure Roger Lemerre s’est-il appuyé sur ses champions du monde, et notamment l’équipe-type de Jacquet ?

En 1998-99, la mission de Roger Lemerre est simple : lancer l’équipe de France au mieux dans la phase qualificative pour l’Euro 2000. Sachant qu’elle est dans un groupe pas facile composé de la Russie et de l’Ukraine (absentes de la Coupe du monde) et de l’Islande, l’Arménie et Andorre. Et qu’il n’y a qu’un seul qualifié direct, le deuxième passant par un barrage aller-retour en novembre 1999. Autant dire qu’il est préférable de ne pas laisser traîner des points en court de route.

Par rapport à Didier Deschamps en 2018-2019, la situation est différente : tout d’abord, il y a eu changement de sélectionneur. Roger Lemerre se retrouve à l’été 1998 dans la peau d’Henri Michel prenant la place de Michel Hidalgo en 1984. S’il a été champion du monde, c’est en tant qu’adjoint d’Aimé Jacquet : il hérite d’un groupe qu’il n’a pas choisi.

A l’automne 1998, les Bleus n’ont pas droit à l’erreur

Autre différence de taille : en 1998, les tout nouveaux titrés sont très vite sous pression, puisqu’ils n’ont qu’un amical en Autriche en août avant de commencer la qualification pour l’Euro. Certes, les hommes de Deschamps reprennent par deux doubles confrontations contre l’Allemagne et les Pays-Bas, mais c’est en Ligue des Nations, et l’erreur est permise. Heureusement d’ailleurs : avec deux nuls et une défaite en six rencontres, pour seulement sept buts marqués, les doubles champions du monde n’y sont pas.

Enfin, le calendrier 1998-99, qui compte 10 dates (contre 11 pour la saison 2018-2019), est construit différemment avec quatre rencontres entre août et octobre, quatre autres entre janvier et mars et deux en juin. Pour la saison en cours, les Bleus ont joué six fois entre septembre et novembre, deux fois en mars et disputeront trois matchs en juin.

Dans les schémas ci-dessous, j’ai représenté la manière dont Roger Lemerre a utilisé ses 22 champions du monde. J’ai divisé ces derniers en deux groupes équivalents, en commençant par les 11 titulaires de la Coupe du monde (ceux les plus utilisés lors des matchs à élimination directes), à savoir Barthez, Thuram, Blanc, Desailly, Lizarazu, Deschamps, Petit, Karembeu, Zidane, Djorkaeff et Guivarc’h. Ceux-ci sont représentés en noir dans les schémas.
Le deuxième groupe comprend les 11 remplaçants de la Coupe du monde : Lama, Charbonnier, Candela, Lebœuf, Vieira, Boghossian, Pirès, Diomède, Dugarry, Henry et Trezeguet. Ils sont représentés dans la même couleur que celle des cercles qui les contient (bleu, gris ou rouge).
Enfin, pour chacun des dix matchs, j’ai constitué trois groupes : les titulaires (cercle bleu), les remplaçants entrés en jeu (cercle gris), et ceux qui n’ont pas joué (cercle rouge). Les chiffres au-dessus de chaque cercle indiquent combien de titulaires de 1998 sont présents.

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Ce qui est frappant, c’est que jamais Roger Lemerre n’alignera les 11 titulaires de la Coupe du monde, même en comptant les remplaçants : il en écarte toujours au moins deux (dont Stéphane Guivarc’h, jamais utilisé), le plus souvent quatre. Le match où il s’approchera le plus de l’équipe-type de Jacquet sera en février contre l’Angleterre, avec neuf cadres alignés, plus Pirès et Anelka. Et dans les cinq remplaçants, quatre étaient là à la Coupe du monde (Lebœuf, Dugarry, Vieira et Candela), auxquels s’ajoute Sylvain Wiltord. Comme par hasard, c’est le match le plus maîtrisé de la saison (victoire 2-0).

En revanche, il est très rare qu’un des cadres entre en cours de jeu : ce n’est arrivé que trois fois en dix matchs (Djorkaeff contre l’Autriche, Petit contre le Maroc et Karembeu face à l’Arménie). Et encore, faut-il tempérer ce constat par le fait que Christian Karembeu fait de moins en moins partie des plans du nouveau sélectionneur.

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Le changement dans la continuité : l’appel aux remplaçants de l’ère Jacquet

Ce que fait Lemerre est en quelque sorte du changement dans la continuité : au coup d’envoi, il aligne massivement des champions du monde, neuf ou dix (mais jamais onze) hormis lors du dernier match de la saison contre Andorre, où ils ne sont que sept. Mais à l’intérieur de ces titulaires, il fait confiance aux remplaçants de Jacquet, qui sont entre deux et cinq : Pirès, Lebœuf, Candela, Boghossian et Dugarry sont ainsi titularisés quatre fois sur dix, alors que Henry et Trezeguet, révélations de la Coupe du monde, ne débutent qu’une seule fois chacun (et sont renvoyés en Espoirs, avec Raymond Domenech). Charbonnier et Diomède sont passés par pertes et profits.

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Lemerre lance aussi quelques nouveaux, comme le défenseur Frédéric Déhu, le milieu Vikash Dhorasoo, les attaquants Tony Vairelles et Lilian Laslandes ou le gardien Ullrich Ramé, sans grand succès. Sa seule trouvaille qui s’installera dans la durée, c’est Sylvain Wiltord, lancé contre l’Angleterre et qui gagne très vite un statut de titulaire.

Les plus présents sont Didier Deschamps (9 titularisations), Lilian Thuram et Youri Djorkaeff, devant Blanc et Desailly (7). Dans les remplaçants, Robert Pirès est le seul à avoir participé à tous les matchs. Mais le joueur sur lequel Roger Lemerre compte pour l’avenir, c’est Nicolas Anelka, six fois titularisé et deux fois entré en jeu, et auteur d’une prestation de haut niveau à Wembley en février contre l’Angleterre.

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A l’Euro 2000, les champions du monde + Wiltord et Anelka

Au terme de cette saison de transition entre la Coupe du monde 1998 et l’Euro 2000, il est bien difficile de dégager des tendances fortes. Pour l’Euro, Roger Lemerre fera confiance aux champions du monde (il en retiendra 18 et ajoutera Ramé, Micoud, Wiltord et Anelka), rappelant même le duo Henry-Trezeguet écarté dans un premier temps. Il y aura aussi l’émergence de Vieira au milieu et l’évolution d’un 4-3-2-1 cher à Jacquet à un 4-2-3-1 plus ambitieux.

En juin 2019, il sera intéressant de faire le même travail au terme de la saison 7 de Didier Deschamps, même si on peut déjà constater qu’il est encore plus conservateur que Roger Lemerre il y a vingt ans.

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