Les cheveux déjà blancs et la silhouette moins fit qu’aujourd’hui après un séjour épuisant à Marseille : Didier Deschamps est en Une de l’équipe le mercredi 15 août 2012, avec Mathieu Debuchy et Marvin Martin. « Premiers réglages » : c’est en effet un amical, pas facile à jouer contre l’Uruguay, ce genre de match tôt dans la saison qui a disparu depuis 2017 et qui ne manque à personne. Et il s’agit de régler l’équipe de France dans la perspective des qualifications pour la Coupe du monde 2014 au Brésil, qui commencent dans trois semaines, à Helsinki contre la Finlande.

« Jouer ensemble », conseille Lizarazu
Pour le consultant Bixente Lizarazu, l’important est de « jouer ensemble », car, rappelle le champion du monde et d’Europe, « la construction d’une équipe nécessite une base de joueurs habités par l’esprit de compétition, le sens du collectif et l’engagement derrière un maillot, qui ont tant fait défaut, récemment ». Les Bleus sortent en effet de trois phases finales ratées, avec deux défaites à chaque fois, en Suisse (2008), en Afrique du Sud (2010) et en Ukraine (2012). « Une sélection performante, ce n’est pas la juxtaposition des onze meilleurs talents du moment, mais l’assemblage de ceux qui peuvent le mieux jouer ensemble ».
Rio Mavuba intéressant
Le lendemain, après un triste 0-0, la Une laisse poindre de la déception : « Vivement la rentrée ». Le joueur mis en avant n’est pas un nouveau, mais plutôt n revenant : le Lillois Rio Mavuba, 28 ans, n’avait plus porté le maillot bleu depuis cinq ans et demi. Mais il es sorti à la mi-temps, comme convenu entre Deschamps et Rudi Garcia, entraîneur de Lille. L’association Benzema-Giroud n’a pas fonctionné : le Madrilène « a décroché pour chercher des solutions », mais le néo Gunner a signé « une prestation insuffisante ». Au contraire de la charnière Sakho-Yanga Mbiwa, qui a fait preuve « d’autorité dans les duels », et de Lloris, qui a « évité la défaite aux Bleus » sur un arrêt réflexe du pied en fin de match.

« Une purge, globalement »
Vincent Duluc sort donc la sulfateuse, preuve qu’aucun délai de grâce ne sera accordé au nouveau sélectionneur : « On classera ce France-Uruguay dans le top 3 des mauvais matchs du mois d’août depuis quinze ans, et il y a de la concurrence. Que le public du Havre ait expédié les Bleus au vestiaire sous les sifflets, alors qu’il est abonné à la Ligue 2, dit assez bien ce qu’a été cette rencontre : une purge, globalement. » Didier Deschamps, pour sa part, n’est pas inquiet, et tient déjà le genre de propos qu’il développera par la suite : « Il y a toujours une exigence qui est là. Les gens manifestent car ils auraient voulu qu’on gagne. Les joueurs aussi, moi aussi ». Et, à propos de l’association Giroud-Benzema : « Cette double présence offensive est intéressante. Elle demande des efforts, mais c’est quelque chose qu’on doit être capable de répéter. »
L’entraîneur franco-uruguayen Pablo Correa (alors à Evian), croit alors que l’association Benzema-Giroud a de l’avenir : « je pense que Giroud a besoin d’un Benzema et que Benzema a besoin d’un Giroud. Giroud est un joueur d’appui. Et eux deux, ça va marcher ». La suite lui donnera tort. Mais son analyse sur ce qui a manqué est intéressante : « de la percussion. Il faut les gêner avec du jeu court pour qu’ils soient toujours sur leurs gardes ». Ce qu’apportera Antoine Griezmann, un an et demi plus tard… Car le néo-Colchonero va être suspendu en octobre suite à une virée nocturne avec les Espoirs.
Cinq futurs champions du monde sur la feuille de match
Ce soir-là, sur la pelouse du stade Océane, débutait un sélectionneur qui serait toujours en poste 13 ans, 168 matchs et quatre finales plus tard. Deux futurs champions du monde ont joué, le premier (Lloris) qui allait devenir recordman des sélections et le second (Giroud) qui sera le meilleur buteur de l’histoire des Bleus. Trois autres sont restés sur le banc (Mandanda, Matuidi et le prometteur Varane, 19 ans et quatre mois, qui ne fera ses débuts qu’en mars 2013). Bien malin qui aurait pu deviner ça.