Histoire d’un score : les 2-1 de l’équipe de France

Publié le 25 octobre 2021 - Bruno Colombari

Il y en a eu beaucoup des 2-1, 72 favorables et 42 perdants, soit 114 en tout. Et parmi eux, des historiques, des renversants, des money time, des coachings gagnants, des champions d’Europe ou encore des pressés du chronomètre.

C’est le deuxième score le plus fréquent dans l’histoire de l’équipe de France, avec 72 victoires. et le troisième côté défaites (42).

Les chiffres clés

 72 victoires par 2-1 depuis 1904 (38 en amical, 34 en compétition dont 15 en phase finale)
 38 victoires 2-1 à domicile, 34 à l’extérieur
 6 victoires 2-1 contre la Belgique et la Suisse
 le dernier 2-1 date du 10 octobre 2021 contre l’Espagne à Milan

 42 défaites par 1-2 depuis 1904 (29 en amical, 13 en compétition dont 5 en phase finale)
 26 défaites 1-2 à l’extérieur, 16 à domicile
 7 défaites 1-2 contre la Belgique
 le dernier 1-2 date du 9 juin 2017 contre la Suède à Solna

Le tout premier : Belgique-France le 21 avril 1907

Au printemps 1907, la toute jeune équipe de France (trois ans) retourne pour la troisième fois chez son voisin belge. Ses trois derniers matchs se sont terminés par des scores cuisants (0-7 et 0-5 contre la Belgique, et un terrible 0-15 face à l’Angleterre). Autant dire que lorsqu’ils prennent le train pour Bruxelles, ils ne sont pas favoris, d’autant que les joueurs français ne se connaissent pas et comptent cinq débutants, quatre d’entre eux étant des éphémères (ils ne seront jamais rappelés en sélection) : Paul Zeiger, Georges Bon, René Camard et André Puget. Et, surprise, après l’ouverture du score belge par Charles Cambier, Marius Royet égalise. Et juste avant le dernier quart d’heure, les Français s’y mettent à trois pour pousser le gardien Robert Hustin dans sa cage, le but étant attribué à André François. C’est la première victoire de l’équipe de France à l’extérieur.

Le plus historique : France-Angleterre le 5 mai 1921

D’abord, il y a la date : le 5 mai 1921 est le centenaire de la mort de Napoléon. Jouer contre l’Angleterre un jour pareil ne manque pas de sel, mais les sept défaites (en autant de confrontations) contre l’Angleterre ont de quoi doucher les plus enthousiastes. Le match a lieu au stade Pershing, dans le bois de Vincennes, devant 35.000 spectateurs dont certains ont forcé les portes du stade. Les Anglais présentent leur équipe amateur, dont certains jouent avec les pros. Côté français, Lucien Gamblin est aligné derrière, et l’attaque Boyer-Devaquez-Paul Nicolas-Bard-Dubly a fière allure. C’est d’ailleurs Devaquez qui ouvre rapidement le score, mais Farnfield égalise aussitôt. Les Anglais dominent, mais les Tricolores résistent bien. 1-1 à la mi-temps. Quand Boyer donne l’avantage à la France à la 67e, on se dit qu’il va falloir tenir le choc. Et c’est le cas, les Français se créant même plusieurs occasions, alors que le gardien Cottenet est sauvé deux fois par Gamblin à quatre minutes de la fin. La victoire est historique. C’est le premier exploit de l’histoire de l’équipe de France.

Le plus important : France-Croatie le 8 juillet 1998

Certes, la première mi-temps est à l’avantage des Croates, invités surprise du dernier carré de la Coupe du monde après avoir éjectés les champions d’Europe allemands. Un peu comme en 2018, les Bleus perdent le fil après une première demi-heure correcte et se font sèchement recadrer par Aimé Jacquet dans les vestiaires à la mi-temps. Résultat, sur le coup d’envoi de la deuxième période, Asanovic prend la défense française à revers et trouve Suker qui n’a plus qu’à ajuster Barthez alors que Thuram couvre le hors-jeu. Pour la première fois du tournoi, l’équipe de France est menée au score. Ce sera aussi la dernière : une minute plus tard, Thuram monte côté droit, arrache le ballon des pieds de Boban, trouve un relais avec Djorkaeff et égalise en déséquilibre. On n’a encore rien vu : 24 minutes plus tard, il attaque encore, vole le ballon à Jarni et enroule du pied gauche : 2-1 et expulsion de Laurent Blanc à suivre. Les Bleus se battent, s’accrochent comme des morts de faim et arrachent la première finale mondiale de leur histoire.

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Le plus beau : France-Portugal le 28 juin 2000

On avait sincèrement plaint les magnifiques Brésiliens de 1986, sortis de la Coupe du monde mexicaine après avoir livré un match éblouissant face à des Bleus pas malheureux pour le coup. A Bruxelles, c’est le Portugal de Fernando Couto et Luis Figo qui se présente pour la revanche de la demi-finale de 1984. Et quand Nuno Gomes ouvre le score sur un dégagement dévissé par Deschamps qui fête ce soir-là sa centième sélection, on se dit que les Bleus, qui jouent tout en blanc, ne vont pas y arriver. C’est mal connaître la capacité de réaction de cette équipe-là : Henry égalise en début de deuxième mi-temps et Zidane livre un match de géant, tout en feintes de corps, passements de jambes et contrôles en lévitation. Barthez sort une tête d’Abel Xavier d’un réflexe inouï et emmène la France en prolongations. Et comme une répétition de la finale à venir, les remplaçants Wiltord et Trezeguet combinent en attaque et poussent Xavier à dévier le ballon de la main, près de son poteau, la même que celle de Perisic 18 ans plus tard. Il reste six minutes à jouer, mais avec la règle du but en or, si Zidane marque le pénalty, le match est fini. Les Portugais protestent, mais Zidane marque, les Bleus sont en finale. Quel match !

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Le plus money time : France-Angleterre le 13 juin 2004

Un renversement de score, c’est ce qui rend un match de foot palpitant. Mais quand ce renversement a lieu dans le temps additionnel, et qu’il est l’œuvre d’un même joueur, sur deux coups de pied arrêtés (coup franc puis pénalty), tous les ingrédients sont en place pour une émotion maximale. D’autant que ce France-Angleterre de Lisbonne a mal commencé pour les Bleus qui remettent en jeu leur titre de champion d’Europe. Les Anglais ont la main sur le match, ils ont ouvert le score par Franck Lampard à la 38e et David Beckham a eu une balle de break à la 72e. Mais Fabien Barthez a sorti le pénalty du Spice boy et maintenu en vie les Bleus. A la 90e, le score est toujours de 0-1 quand Makelele obtient un coup franc de renard devant la surface anglaise. Zidane le frappe par dessus le mur et bat David James près de son poteau droit. 1-1. Le temps d’engager, et voilà que Steven Gerrard tente une passe en retrait au gardien sans regarder. Mauvaise idée : Thierry Henry allonge sa foulée et touche le ballon juste avant James qui le fauche. Pénalty. Zidane vide son estomac sous l’effet du stress et place un ballon chirurgical au même endroit que la minute précédente. Le stade de la Luz est en fusion. 2-1 !

Le plus rapide : France-Suisse le 23 mars 1988

buts de Passi (7) et Fargeon (9) pour la France, Sutter (19) pour la Suisse

Ce match amical-là, joué à Toulouse en plein hiver devant 10.438 spectateurs alors que les Bleus sont en plein marasme et ne participeront pas à l’Euro 1988 après avoir perdu trois fois sur huit en qualifications, n’a laissé quasiment aucun souvenir. Amoros et Fernandez se chauffent pour récupérer le brassard de capitaine et Henri Michel, le sélectionneur, est dépassé par la situation. L’équipe de France ne ressemble pas grand chose, avec Sylvain Kastendeuch en défense centrale, Pascal Despeyroux au milieu et Philippe Fargeon en attaque, 9 sélections à eux trois. Mais les Bleus démarrent fort en marquant deux buts dans les dix premières minutes par Passi (7e) et Fargeon (9e), et puis c’est tout. Beat Sutter réduit le score à la 19e et on en reste là. C’est donc le 2-1 le plus rapide de l’histoire.


 

Le plus tactique : France-Irlande le 26 juin 2016

Dans ce brûlant après-midi lyonnais, rien ne va pour les Bleus : après un premier tour poussif (victoires 2-1 contre la Roumanie et 2-0 face à l’Albanie, puis 0-0 contre la Suisse), ils sont en train de sortir de leur Euro dès les huitièmes de finale contre la République d’Irlande, qui mène depuis la deuxième minute sur un pénalty transformé par Brady. A la pause, Deschamps sort Kanté, qu’on ne reverra plus du tournoi, pour Coman, replace Matuidi à gauche et installe Griezmann au coeur d’un 4-2-3-1 avec Giroud en pointe. En trois minutes (58e et 61e), le Mâconnais fait exploser la défense adverse d’une tête rageuse sur un centre de Sagna, et d’une frappe du gauche sur une déviation de Giroud. Et dans la foulée, il part seul vers le but et se fait descendre juste avant la surface par Duffy qui prend un rouge. A 2-1 et à 11 contre 10, les Bleus décrochent leur billet pour les quarts et Griezmann endosse son costume d’homme providentiel.

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Le plus substitute : France-Italie le 2 juillet 2000

Si on veut illustrer le rôle décisif des remplaçants, la finale de l’Euro 2000 est l’exemple idéal. Les Bleus l’emportent 2-1 pour la quatrième fois du tournoi (après la République tchèque au premier tour, l’Espagne en quart et le Portugal en demi), mais le scénario est complètement dingue. L’Italie de Maldini et Totti attaque d’entrée et met à mal la défense française, même si Henry trouve le poteau dès la 5e. Et en deuxième mi-temps, un centre au cordeau de Pessoto trouve Delvecchio qui devance Blanc et Desailly pour battre Barthez de près (55e). Thuram souffre dans le couloir droit et Lizarazu n’est guère mieux à gauche. Et d’ailleurs, Roger Lemerre commence son coaching avant l’heure de jeu, Wiltord remplaçant Dugarry. Deuxième changement : Djorkaeff sort, Trezeguet rentre. Les Bleus sont désormais en 4-2-1-3 avec Zidane placé derrière Wiltord à droite, Henry à gauche et Trezeguet en pointe.

Pendant ce temps, les Italiens jouent le contre, et à la 84e Ambrosini lance Del Piero pour une balle de match. Mais Barthez gagne son duel et Lemerre abat sa dernière carte : il sort Lizarazu et fait entrer Robert Pirès. Les Bleus évoluent alors en 3-2-2-3 et prennent tous les risques. A la 93e, le temps additionnel est largement entamé quand Barthez joue un coup franc d’une frappe tendue à longue portée qui trouve Trezeguet, qui dévie de la tête sur sa gauche. Wiltord est à la réception, et son tir croisé du gauche passe entre les jambes de Nesta et sous le gant de Toldo. 1-1.

En prolongations, les Italiens (qui ont joué deux heures en demi-finale contre les Pays-Bas, dont une partie en infériorité numérique) n’avancent plus. Et les Bleus sortent l’arme fatale, le but en or. Pirès se prend pour Tigana en débordant jusqu’à la ligne de but, centre en retrait et trouve Terezeguet qui, à onze mètres du gauche, claque une volée décroisée dans la lucarne. L’exploit est immense, les Bleus n’ont jamais atteint une telle altitude. Ils n’y sont pas retournés depuis.

Et côté adverse...

Les défaites 1-2 sont les plus fréquentes après les 0-1 (50) et les 0-2 (46). Elles sont toutefois rares en phase finale : on en trouve une contre l’Uruguay en 1966 à Wembley, deux consécutives en 1978 en Argentine contre l’Italie et le pays organisateur, une fatale face au Danemark en Suède en 1992 et la dernière face à l’Afrique du Sud en 2010. Mais la plus cauchemardesque est évidemment celle contre la Bulgarie au Parc le 17 novembre 1993, avec un doublé d’Emil Kostadinov et un deuxième but dans les dernières secondes de jeu. C’est aussi la dernière fois que la France a manqué une phase finale, il y a donc 28 ans.

Dataviz : les 2-1 et les 1-2 depuis 1904

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