Les carrés magiques (3) : Vincent, Kopa, Fontaine, Piantoni

Publié le 28 octobre 2017, mis à jour le 29 octobre 2017

Le plus ancien carré magique des Bleus, c’est celui qui formait l’attaque de la Coupe du monde 1958. Jamais l’équipe de France n’a eu un quatuor offensif aussi relevé que celui-là.

Si le terme de carré magique s’est répandu au début des années 80 sous la plume de Gérard Ernault, il a été mentionné la première fois bien plus tôt, le 13 mai 1951. Le journaliste de l’Echo d’Oran, Paul Percival, utilise en effet l’appellation de carré magique après le match Irlande du Nord-France à Belfast. S’il ne précise pas quels sont les joueurs qui composent ce carré magique, la logique voudrait que ce soit les quatre hommes du milieu, l’équipe étant disposée à l’époque en WM. Les deux demis Antoine Cuissard et René Gallice et les deux inters Antoine Bonifaci et Edouard Kargu.

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Les quatre points du W

Alors que le carré magique le plus célèbre de l’histoire des Bleus, celui de la période 1982-86, était en réalité un losange, et que le deuxième, celui des années 1996-2000, prenait la forme d’une ligne, le plus ancien, celui de 1958, ressemblait à un W. Sauf bien sûr que pour faire un W, il faut relier cinq points et pas quatre.

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Le cinquième membre du carré magique de 1958, c’est l’ailier droit Maryan Wisnieski. L’attaquant lensois, appelé chez les Bleus à un âge mbappesque (18 ans et deux mois en 1955) fera une belle carrière internationale (33 sélections, 12 buts et jouera un rôle important pendant la Coupe du monde en Suède, marquant deux buts et délivrant deux passes décisives.

Vincent, ailier gauche reculé

Mais ce sont aux quatre autres points du W que nous allons nous intéresser. Initialement, ce carré-là (au sens de quatre, pas de forme géométrique) est composé de l’inter gauche Roger Piantoni, de l’inter droit Raymond Kopa, de l’ailier gauche Jean Vincent et de l’avant-centre Just Fontaine. C’est le schéma de départ.

Just Fontaine, Raymondd Kopa, Roger Piantoni et Jean Vincent à côté de Maryan Wisnieski au premier rang.
Just Fontaine, Raymondd Kopa, Roger Piantoni et Jean Vincent à côté de Maryan Wisnieski au premier rang.


Sauf que si Fontaine, Vincent et Piantoni ont des automatismes rodés à Reims pendant toute la saison (voir plus bas), Raymond Kopa n’a jamais joué avec eux : depuis son transfert au Real Madrid à l’été 1956, le « Napoléon du football » n’est plus libéré par son club pour jouer en sélection. Pendant les trois saisons passées en Espagne, il ne jouera que sept fois en équipe de France : les six de la Coupe du monde et un en octobre 1958 contre la Grèce.

C’est pourtant lui qui est appelé en premier chez les Bleus en 1952, suivi la même année par Roger Piantoni. Just Fontaine et Jean Vincent suivent à la fin 1953. Entre 1955 et 1957, alors que Just Fontaine ne joue que deux fois (sans marquer), Piantoni et Vincent deviennent des cadres de la sélection.

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Albert Batteux, le stratège des Bleus (et entraîneur de Reims), s’adapte donc à la situation. Il demande à Jean Vincent de reculer d’un cran, pour couvrir le couloir gauche, et à Roger Piantoni de monter à hauteur de Just Fontaine. C’est la formule gagnante.

Le feu d’artifice de Norrköping

Aligné pour la première fois le 8 juin 1958 à Norrköping contre le Paraguay, ce quintet offensif va déclencher un véritable feu d’artifice : 7-3, triplé de Just Fontaine et buts de Vincent, Kopa, Piantoni et Wisnieski.
Tous sont impliqués dans les buts, soit comme passeurs décisifs (Kopa 3, Piantoni 2, Fontaine 1), soit comme tireur contré (Fontaine).

Jamais l’équipe de France ne marquera autant dans un match de phase finale. Ces cinq-là joueront les quatre matchs suivants, empilant les buts : deux contre la Yougoslavie (doublé de Fontaine dont un sur une passe décisive de Piantoni), deux contre l’Ecosse (Kopa et Fontaine), quatre face à l’Irlande du nord (doublé de Fontaine, buts de Wisnieski et Kopa, passes décisives de Fontaine et Kopa) et deux contre le Brésil (Fontaine et Piantoni sur des passes décisives de Kopa).

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Sans Roger Piantoni, forfait pour la troisième place contre la RFA (il a été opéré de l’appendicite) et remplacé par Yvon Douis, les vannes sont encore ouvertes en grand contre la RFA (quadruplé de Fontaine, buts de Kopa et Douis).

Une seule sortie après la Suède

On ne le sait pas encore, mais on ne verra à l’œuvre ce fabuleux quatuor offensif qu’une seule fois en Bleu, le 11 octobre 1959 à Sofia contre la Bulgarie. Mais ce jour-là, aucun des quatre ne brilla ni ne marqua. Au contraire, Roger Piantoni sortit prématurément à la 27e, blessé au genou par Largov. Et Fontaine perdit ses nerfs à une minute de la fin, exclut du terrain (les cartons rouges n’existent pas encore) par l’arbitre Josef Stoll.

Six matchs seulement, dont aucun à domicile : la légende du carré magique de 1958 s’est écrite loin du public français, ce qui a sans doute contribué à nourrir le mythe.

17 matchs ensemble avec Reims

S’il faut à peine plus des doigts d’une main pour compter les matchs du carré magique en sélection, Fontaine, Vincent, Piantoni et Kopa ont joué trois saisons ensemble dans ce qui était le meilleur club français (et l’un des meilleurs d’Europe) entre 1959 et 1962.

Pour comprendre l’impact du Stade de Reims à l’été 1959, quand Raymond Kopa le rejoint en provenance du Real Madrid, il faut imaginer les Girondins de Bordeaux de 1984 transférant Michel Platini (Juventus) et Luis Fernandez (PSG) pour rejoindre Jean Tigana et Alain Giresse… ou l’AS Monaco de 2000 récupérant Lizarazu au Bayern, Laurent Blanc à l’Inter, Marcel Desailly à Chelsea et Lilian Thuram à Parme pour les placer devant Fabien Barthez.

Jean Vincent et Just Fontaine sont arrivés à Reims à l’été 1956, le premier depuis Lille et le second en provenance de Nice. Ils croisent Raymond Kopa en partance pour le Real Madrid. Roger Piantoni les rejoint l’année suivante après avoir débuté à Nancy. Le trio devient quatuor en 1959, au retour au bercail de Raymond Kopa.

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En trois saisons passées ensemble au Stade de Reims entre 1959 et 1962, les quatre internationaux vont jouer 17 fois ensemble, 16 fois en 1959-60 et une fois en 1960-61. Autant dire une misère. Et pour cause : en octobre 1959, Roger Piantoni subit un attentat à Sofia avec les Bleus, perpétré par le Bulgare Largov. En mars 1960, Just Fontaine est taclé sauvagement par Sékou Touré : fracture tibia-péroné. En janvier 1961, le meilleur buteur de la Coupe du monde 1958 se casse à nouveau la jambe, carrière terminée.

Le rêve rémois est brisé. Malgré deux nouveaux titres de champion de France en 1960 et 1962, les Rémois ne retrouveront plus le haut niveau européen (éliminés par Burnley à l’automne 60 et par Feyenoord au printemps 63).

pour finir...

Merci à Raphaël Perry, journaliste à l’AFP à Bordeaux qui m’a signalé la découverte du premier « carré magique » mentionné dans la presse en 1951, et à Alain Dautel qui a identifié les probables composants de ce carré magique.


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