[853] Islande-France (0-1) : le minimum vital

Publié le 12 octobre 2019 - Bruno Colombari

Dans la grande tradition des matchs de phase qualificative gagnés à l’arrache et sans la manière, cet Islande-France ne laissera pas d’autre souvenir qu’une ligne statistique. Mais il rapporte trois points.

Le résultat était-il prévisible ?

Les trois forfaits de Lloris, Pogba et Mbappé, la petite forme actuelle de Griezmann et le microscopique temps de jeu en club de Giroud : avant le déplacement de Reykjavik, la tendance n’était pas à un optimisme démesuré. Impression renforcée par la stratégie prudente du sélectionneur avec un milieu à trois récupérateurs en mode Coupe du monde, alors qu’Ikoné ou Lemar auraient pu compléter un quatuor offensif plus ambiteux. Quant aux forfaits de dernière minute de Lucas Hernandez et de N’Golo Kanté, remplacés par Lucas Digne et Moussa Sissoko, ils ne rassuraient personne, hormis leurs deux bénéficiaires.

De fait, les Bleus ont produit une première période très loin de ce qu’on peut attendre d’un champion du monde en titre, avec un manque de liant dans le jeu et une lenteur de déplacement qui rendaient la perspective de voir un but avant la pause plus que chimérique. Il y avait un peu du mieux dans le troisième quart d’heure, et la deuxième mi-temps fut quand même plus maîtrisée avec des Islandais au bord de la rupture. Il a quand même fallu un troisième pénalty accordé en trois matchs pour voir enfin un but, et il est heureux que ce soit Giroud plutôt que Griezmann qui l’ait tiré.

L’équipe est-elle en progrès ?

Non, tant elle a semblé retomber dans ses travers de Rotterdam et de Konya, avec en face un adversaire autrement moins dangereux que les Néerlandais ou les Turcs. Les trois du milieux n’ont jamais réussi à organiser le jeu alors que les trois de devant ne voyaient pas le ballon et que les défenseurs centraux ne prenaient pas le moindre risque.

Il est quand même dommage qu’une équipe championne du monde et disposant d’un potentiel offensif brillant (même sans Mbappé) ne commence pas ses matchs — en tout cas ceux à l’extérieur — avec plus d’intensité, histoire de chercher le KO le plus vite possible. Plus facile à dire qu’à faire, évidemment, mais il n’est pas interdit d’essayer.

La deuxième mi-temps rattrape un peu la mauvaise impression de la première. Avec plus d’impact dans les duels et une circulation de ballon plus rapide, les espaces se sont ouverts et les occasions sont arrivées : Griezmann et Giroud (54e), Griezmann encore (58e), Coman (70e), Matuidi (78e), Ben Yedder (82e), Matuidi (95e) et Ben Yedder (96e). Mais le déchet a été conséquent.

Quels sont les joueurs en vue ?

Corentin Tolisso a fait un bon match au milieu de terrain alors que l’entrejeu français était inexistant en première période. Dans la dernière demi-heure, Blaise Matuidi, jusqu’alors transparent, s’est mis à prendre des risques, trouvant le poteau et faisant deux grigris successifs dans la surface, sans conclure. Bon match aussi de Benjamin Pavard, qui a travaillé côté droit alors que Kingsley Coman, plutôt en vue en première période, a baissé de pied par la suite.

Quels sont les joueurs en retrait ?

Antoine Griezmann n’est pas dans la forme de sa vie. Il a manqué beaucoup de choses à Reykjavik, tirant mal les corners (trop bas), mettant un bon coup franc au dessus, ne pesant pas sur le jeu, mais il a eu le mérite de provoquer le pénalty salvateur (malgré un plongeon à retardement) et de ne pas le tirer, compte tenu de sa maladresse récente dans l’exercice.

Olivier Giroud n’a pas tremblé pour marquer son 37e but en sélection, et celui-ci vaut cher. Mais le reste de son match est décevant, et son énervement coupable en première mi-temps lui a valu un carton jaune très évitable.

Kingsley Coman, on l’a dit, a été en retrait de ses prestations de septembre, alors qu’il avait en face un adversaire largement à sa portée. Mais il a été très peu servi en première période et a eu du mal à trouver des espaces dans la défense islandaise.

Enfin, Moussa Sissoko a ratissé beaucoup de ballons en deuxième mi-temps, mais avant la pause, il n’a jamais pesé sur le jeu, ne prenant aucun risque et multipliant les passes latérales ou en retrait plutôt que de tenter de percuter et de casser des lignes par des passes verticales.

Quelles sont les attentes pour le prochain match ?

Place maintenant à la Turquie pour une sorte de finale du groupe H : comme on pouvait s’y attendre depuis le tirage au sort de la phase qualificative, c’est entre ces deux-là que se jouera la première place, même si les Turcs ont encore arraché une victoire laborieuse en toute fin de match contre l’Albanie (1-0). Albanais et Islandais étaient pourtant présents lors de l’Euro 2016, comme les Turcs, mais ils ont reculé dans la hiérarchie européenne depuis, alors que la Turquie a repris des couleurs.

Pour les Bleus, il s’agira d’une part d’assurer définitivement la qualification à l’Euro en mettant l’Islande à au moins six points avant les deux dernières journées de novembre, et bien sûr de prendre leur revanche contre un adversaire qui les avaient baladés en juin dernier à Konya. La notion de matchs aller-retour n’a pas vraiment de sens dans une phase qualificative, mais d’une certaine manière, c’est un peu de ça dont il sera question à Saint-Denis lundi soir.

Accessoirement, mais ce n’est pas négligeable, une qualification avec deux victoires en octobre rassurerait Didier Deschamps sur la profondeur de son banc, ce qui sera très utile à l’Euro l’été prochain.

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