C’était Michel Hidalgo

Publié le 26 mars 2020

Le plus important sélectionneur de l’histoire des Bleus est mort le 26 mars, deux jours après ses 87 ans. C’est grâce à lui que le football français a franchi un cap décisif. Mais c’était aussi quelqu’un de chaleureux et disponible.

Bien sûr, son image reste associée à deux moments-clé du football français : la demi-finale mondiale de Séville le 8 juillet 1982, où pendant un quart d’heure, les Bleus étaient qualifiés pour une finale de Coupe du monde. Et la victoire face à l’Espagne le 27 juin 1984 qui faisait entrer l’équipe de France dans le club des grandes puissances, celles qui avaient un palmarès.

Mais Michel Hidalgo n’est pas réductible à des moments précis, tant il a durablement changé le football de sélection pendant huit ans et demi, record toujours debout, que Didier Deschamps devrait battre en décembre prochain. Il a brisé le plafond de verre qui obstruait les ambitions françaises en qualifiant les Bleus pour deux Coupes du monde consécutives (1978 et 1982), ce qui peut paraître banal aujourd’hui mais ne l’était certainement pas à l’époque, alors que l’équipe de France avait calé quatre fois sur sept depuis la guerre.

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Surtout, il a façonné une génération autour d’un joueur d’exception, Michel Platini, en la faisant progresser par étapes : tout d’abord ne rien lâcher à domicile (aucune défaite au Parc jusqu’en 1981, face au Brésil de Zico et Socrates), prendre confiance en gagnant des amicaux de prestige (RFA en février 1977, Brésil en avril 1978) ou en faisant jeu égal avec des champions du monde à l’extérieur (Argentine et Brésil en juin 1977, Italie en février 1978). Se jauger en compétition (premier tour de la Coupe du monde 1978), puis sortir du premier tour emballer les cœurs (en 1982). Et enfin, assumer pour de bon son statut de favori en bouclant un tournoi parfait (Euro 1984).

Il a su apprendre de ses erreurs aussi, se sortir d’une élimination décevante à l’Euro 1980 et d’une année 1981 calamiteuse avec ses six défaites en huit mois (dont une non officielle contre Stuttgart, où Michel Platini a quitté le Parc sous les sifflets). Et s’en sortant en prenant des risques, en associant trois numéros dix au milieu de terrain (Giresse, Genghini, Platini) dans ce qui est probablement le 4-3-3 le plus offensif de l’histoire des Bleus, lors d’un match couperet contre les Pays-Bas en novembre.

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Après avoir longtemps tâtonné pour trouver un gardien de niveau international, il déniche Joël Bats en septembre 1983 et lui maintient sa confiance alors qu’il encaisse quatre buts pour ses deux premiers matchs. Il intègre Luis Fernandez pour rééquilibrer son carré magique de 1982, lance les jeunes monégasques Amoros et Bellone, intègre Le Roux pour remplacer Trésor à l’Euro. Il se sert des leçons cruelles de Séville pour tenir mentalement dans la prolongation de Marseille contre le Portugal et renverser le sort contraire. Et, lui qu’on taxait d’idéaliste et de romantique, se fait pragmatique à l’Euro pour battre le Danemark et l’Espagne dans des matchs irrespirables, avec au milieu le magnifique feu d’artifice de Nantes face à la Belgique, sans doute son chef d’œuvre.

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Je l’aurai croisé une fois, en 1989 lorsqu’il était directeur sportif de l’OM où il travaillait sur le projet de la Commanderie. Et je lui ai parlé au téléphone fin 2012, pour une interview qui est toujours la plus lue sur ce site. A chaque fois, comme les vrais grands savent l’être, il avait été très disponible et chaleureux. Ce fut un honneur, monsieur.

Lire l’article Michel Hidalgo : « l’essentiel n’est pas la vitesse, mais la technique »

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