Coupe du monde : le bilan des Bleus

Publié le 18 juillet 2018

Au-delà du deuxième titre mondial (c’est déjà pas mal !), que retenir du parcours des Bleus en Russie ? Les adversaires, les joueurs, les buteurs, le bilan de Deschamps en phase finale...

C’est la cinquième fois que l’équipe de France joue sept matchs dans une Coupe du monde, puisque celle de 1958 n’en comptait que six (un premier tour, un quart de finale, une demi-finale et le match pour la troisième place).

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Un parcours sans prolongations

Si elle n’a jamais fait le grand chelem (sept victoires, total atteint uniquement par le Brésil en 2002), elle s’en est approchée en 1998 avec six victoires et un nul statistique contre l’Italie, puisque la rencontre a été gagnée aux tirs au but. 2018 est à peine moins bien, avec aussi six victoires et un match nul, un vrai celui-là, et à tous les sens du terme. Mais on objectera à raison que les quatre matchs à élimination directe ont été remportés en 90 minutes alors qu’en 1998 il avait fallu en passer par les prolongations contre le Paraguay et l’Italie.

Le bilan statistique est donc meilleur qu’en 2006 (quatre victoires et trois nuls, dont un perdu aux tirs au but), qu’en 1986 (quatre victoires, deux nuls dont un gagné aux tirs au but et une défaite) et qu’en 1982 (trois victoires, deux nuls dont un perdu aux tirs au but et deux défaites). Il est aussi meilleur que celui du seul Euro avec sept matchs joués, celui de 2016 (cinq victoires, un nul, une défaite).

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Les adversaires : deux nouveaux, deux autres enfin battus et deux derniers porte-bonheur

L’équipe de France a connu une Coupe du monde plutôt originale d’un point de vue statistique : elle a croisé au premier tour la route de deux nouveaux adversaires dans la compétition (Australie et Pérou) avant d’enchaîner deux victoires contre des sélections qu’elle n’avait jamais battues en Coupe du monde (Argentine et Uruguay).

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Elle a enfin vaincu deux victimes historiques, la Belgique (battue en 1938 et 1986 et la Croatie (éliminée en 1998). Pour compléter le tableau, elle a partagé les points avec le Danemark pour la première fois en phase finale, après trois victoires (1984, 1998 et 2000) et deux défaites (1992 et 2002).

Si le parcours proposé au premier tour semblait facile, c’est paradoxalement l’Australie qui a posé le plus de problèmes à l’équipe de France et condamné l’option offensive avec Tolisso et Dembélé plutôt que Matuidi et Giroud. Le non-match contre le Danemark restera le pire de cette édition et le seul 0-0.

Le tableau probable à partir des huitièmes donnait la Croatie, l’Uruguay, le Brésil et l’Allemagne. Rétrospectivement, on se dit que jouer l’Argentine en premier aura été une chance, tant ce match contre une équipe vulnérable a servi de déclencheur pour la suite du tournoi. Il n’est pas certain que croiser Modric, Rakitic et Perisic à Kazan n’aurait pas été synonyme de retour direct à la maison.

L’Uruguay sans Edinson Cavani n’avait plus d’arguments offensifs, et l’agressivité n’a pas suffi à contenir l’efficacité des Bleus sur leurs rares occasions de but. La Belgique a aussi souffert de l’absence de Thomas Meunier et des défaillances de Kevin de Bruyne et Romelu Lukaku, tandis que la Croatie a lâché défensivement en deuxième période avec un Danijel Subasic vulnérables sur les frappes lointaines.

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Les joueurs : Areola et Rami rejoignent le groupe des oubliés

Didier Deschamps a utilisé 21 joueurs durant cette Coupe du monde, même si pour Thauvin (5 minutes), Benjamin Mendy (40) ou Nabil Fekir (69), le temps de jeu a été particulièrement court.

Six joueurs avaient déjà participé à la Coupe du monde 2014 (Lloris, Varane, Pogba, Matuidi, Griezmann et Giroud), mais un seul n’a pas manqué une seule minute, Raphaël Varane. Antoine Griezmann, Lucas Hernandez et N’Golo Kanté sont les seuls autres à avoir été toujours titulaires, alors que Kylian Mbappé et Olivier Giroud ont participé à tous les matchs, en entrant une fois en cours de jeu.

Deux joueurs ne sont jamais entrés : Alphonse Areola, qui est donc champion du monde avec aucune sélection, et Adil Rami, qui a annoncé par la suite mettre un terme à sa carrière internationale.

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Les buteurs : cinq nouveaux, Griezmann cumule

Pavard, Mbappé, Griezmann, Varane, Umtiti sont les cinq nouveaux buteurs français en Coupe du monde. Pogba avait déjà marqué en 2014 (contre le Nigéria). Au rythme où il va, Kylian Mbappé devrait dépasser Henry (6), Platini et Zidane (5) dès la prochaine édition. Pour le record de Fontaine (13), il faudra attendre au moins 2026, où il n’aura que 27 ans...

Antoine Griezmann, lui, égale Zidane au nombre de buts inscrits en phase finale de Coupe du monde ou d’Euro : ajoutés aux 6 buts de 2016, ses 4 en Russie portent son total à 10. Devant lui restent Henry (6 buts en Coupe du monde, 6 à l’Euro), Fontaine (13, tous en Coupe du monde) et Platini 14 (5 en Coupe du monde, 9 à l’Euro). En dessous, ils sont huit à 4 buts, dont Mbappé et Giroud.

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Où situer 2018 par rapport à 1958, 1982, 1986, 1998 et 2006 ?

Les deux premières Coupes du monde où l’équipe de France a atteint le dernier carré (1958 et 1982) sont assez proches dans leur scénario avec comme points communs l’émergence d’un grand numéro 10 (Kopa puis Platini), une maîtrise grandissante, des lacunes défensives fatales (15 buts encaissés en 1958, 12 en 1982) et un match historique en demi-finale.

1986 achève la mutation entamée lors de l’Euro 1984 avec une équipe beaucoup plus solide que ses devancières, dont le point fort est le secteur défensif incluant le gardien, la ligne d’arrières et les deux récupérateurs du milieu. Mais elle marque moins (12 buts dont 8 seulement jusqu’à la demi-finale) et elle coince en demi contre la RFA. Elle a aussi une moyenne d’âge élevée avec de nombreux titulaires de plus de 30 ans (Bossis, Tigana, Giresse, Platini, Rocheteau).

1998 est un bon équilibre entre l’expérience (Deschamps, Blanc, Desailly, Lizarazu, Karembeu, Petit) et la jeunesse (Vieira, Henry, Trezeguet, Pirès). C’est une équipe qui défend avant tout avec trois joueurs offensifs seulement, plus encore que celle de 1986, et qui s’adapte au jeu de l’adversaire plutôt que lui dicter le sien. En ce sens, elle est assez proche de celle de 2018.

2006 est une équipe de fin de parcours (Barthez, Thuram, Zidane, Makelele, Vieira, Wiltord) avec de très beaux restes, et dont le jeu est basé également sur le contre. Outre Zidane, les leaders techniques sont Thuram, Vieira et Henry, soit la colonne vertébrale de l’ensemble.

2018 est une équipe très jeune (26 ans et 3 mois) avec des attaquants prometteurs et une ligne défensive peu expérimentée. Elle part un peu à l’aventure, sans projet de jeu, avec un style caméléon qui s’adapte à l’adversaire et aux circonstances et un mental étonnant qui lui permet de se sortir de situations compromises.

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Le sélectionneur : 2 défaites en 19 matchs de phase finale pour Deschamps

Au terme de sa saison 6, il compte désormais 83 matchs dirigés pour 53 victoires, 15 nuls et 15 défaites. Mais ces dernières se concentrent sur la période 2012-2015 : depuis septembre 2015, les Bleus n’ont perdu que 5 fois en 45 matchs (33 victoires et 7 nuls), contre 10 défaites lors des 38 premiers (20 victoires et 8 nuls).

Son bilan en phase finale était déjà conséquent, il devient remarquable : en 19 matchs dirigés (CM 2014 et 2018, Euro 2016) il en a gagné 14, pour 3 nuls (Equateur, Suisse et Danemark) et 2 défaites (Allemagne et Portugal). A titre de comparaison, en phase finale Michel Hidalgo avait dirigé 15 matchs (CM 1978 et 1982, Euro 1984) pour 9 victoires, 2 nuls et 4 défaites. Et Raymond Domenech en avait coaché 13 (CM 2006 et 2010, Euro 2008) pour 5 victoires, 4 nuls et 4 défaites.

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Cinq nouveaux lancés, dont deux titulaires

Cette saison 2017-18, il aura lancé 5 nouveaux joueurs : Benjamin Pavard, Steven Nzonzi, Lucas Hernandez, Presnel Kimpembe et Wissam Ben Yedder. Seul le dernier n’a pas été retenu à la Coupe du monde, et si Nzonzi et Kimpembe sont encore des remplaçants (et ont probablement vocation à le rester), Pavard et Hernandez se seront imposés comme titulaires comme l’avaient fait avant eux Thuram et Lizarazu au premier tour de l’Euro 1996.

Dans son groupe, il a fait des choix clairs qui ont été payants. Rétrospectivement, on peut dire tout de même qu’il a pris un grand risque en appelant à gauche Benjamin Mendy plutôt que Lucas Digne, et dans une moindre mesure Djibril Sidibé à droite plutôt que Mathieu Debuchy.

De même, son choix de ne pas doubler le poste d’Olivier Giroud (avec Wissam Ben Yedder ou Alexandre Lacazette) était justifié si Kylian Mbappé évoluait en pointe, mais l’expérience de France-Australie a montré que ce n’était pas une bonne idée. Comme Thomas Lemar et Ousmane Dembélé ont été très peu utilisés (et très peu convaincants quand ils ont joué), l’un d’eux aurait pu laisser sa place à un deuxième avant centre.

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Une qualité de jeu largement améliorable

Le principal reproche qui lui aurait été adressé en cas de défaite en finale contre la Croatie, et qui est (pour l’instant ?) enseveli sous l’euphorie d’un deuxième titre mondial, est la piètre qualité de jeu proposée.

Comme on pouvait le craindre, abandonner l’initiative à son adversaire présente des limites en cas de défaillance des récupérateurs, et il s’en est fallu de peu pour que la Croatie ne prenne le dessus en première période. On saura dans les prochains mois si Didier Deschamps va persister dans cette optique ou s’il va faire évoluer l’équipe pour qu’elle tire mieux partie de son extraordinaire potentiel offensif.

A paraître le 14 novembre

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