L’autre moitié du ciel (2/3) : portraits d’anonymes

Publié le 20 septembre 2019 - Matthieu Delahais - 2

Le court passage en Bleu des 492 anonymes a laissé quelques traces : des regrets pour des espoirs déçus ou un exploit le temps d’une action inoubliable ou d’un geste technique qui a marqué les mémoires. Matthieu Delahais raconte l’histoire de sept de ces héros oubliés.

4 minutes de lecture

René Petit, ancêtre de Di Stéfano

2 sélections en 1920 (1 victoire, 1 défaite).

René Petit vit en Espagne depuis ses 12 ans et joue avec son frère au Real Madrid. Il débute en équipe première à 15 ans. Sa condition physique exceptionnelle pour l’époque et son surprenant sens du jeu ont laissé une trace indélébile dans le club madrilène, où il est considéré comme l’un de plus grands joueurs du club. Contraint de faire son service militaire, il doit retourner en France en 1918 où il va évoluer pendant deux ans sous les couleurs du Stade Bordelais. Il est ainsi convoqué pour les Jeux Olympiques de 1920, où la France est demi-finaliste. Ce seront ses deux seules sélections avec les Tricolores.

A l’issue de son service militaire, il retourne en Espagne où la Fédération Espagnole ne le libère pas pour les matchs de la France. En 1924, la Fédération Française le rappelle pour les Jeux Olympiques. La Fédération Espagnole lui donne son accord, mais l’informe que s’il joue avec l’équipe de France, il sera suspendu deux ans. Petit préfère renoncer et pour pouvoir poursuivre sa carrière en club.

Jean Sécember, le buteur débutant le plus efficace

4 sélections de 1932 à 1935 (1 victoire, 3 défaites), 5 buts.

C’est le joueur qui a les débuts les plus rapide en sélection. Il marque dès sa première cape face à la Belgique en mai 1932. Cette belle prestation lui permet d’être appelé à nouveau un mois plus tard pour une tournée dans les Balkans. Le 9 juin, il marque 4 buts contre la Bulgarie (victoire 5-3 des Tricolores). Avec 5 buts en seulement 2 sélections, il est le joueur qui a eu le plus de réussite pour ses débuts dans l’histoire de l’équipe de France. Il ne marque pas lors du match suivant face à la Roumanie (défaite 3-6). Il devra ensuite patienter près de trois ans pour connaître une quatrième et dernière cape face à l’Allemagne.

Stéphane Bruey et ses chaussures légendaires

4 sélections de 1957 à 1962 (3 nuls, 1 défaite), 1 but.

Il compte deux sélections lors qu’il arrive en Suède avec ses coéquipiers pour la Coupe du monde 1958. Il ne se doute pas encore que ses chaussures vont faire trembler les filets à 13 reprises, mais que ce ne sera pas lui qui les portera. Lors d’un entraînement, Just Fontaine abîme ses chaussures et emprunte celles de son partenaire. C’est avec celle-ci qu’il marquera ses 13 buts, record qu’il détient toujours et qui ne sera probablement jamais battu. Bruey portera encore deux fois le maillot tricolore, mais sans réussir à s’imposer…


 

Robert Péri, un rouge et puis s’en va

3 sélections de 1965 à 1967 (1 nul, 2 défaites).

Il fête sa troisième sélection face à la RFA en septembre 1967. Alors que les débats sont relativement équilibrés même si les Allemands mènent 1-0, le défenseur français a une altercation avec Franz Beckenbauer. Les torts semblent partagés, mais l’arbitre expluse Péri. A partir de ce moment, Beckenbauer devient beaucoup plus libre de ses mouvements. L’équipe de France perd pied et s’incline 1-5. Péri est le second international français à être expulsé (après Just Fontaine en 1959). A l’issue du match, il dira que Beckenbauer ferait un grand acteur de cinéma. Mais il ne sera plus jamais appelé chez les Bleus…


 

Laurent Roussey, précoce au genou d’argile

2 sélections en 1982 (2 victoires), 1 but.

Phénomène de précocité, Laurent Roussey débute en première division à 16 ans et détient encore aujourd’hui le record du plus jeune buteur parmi l’élite (16 ans et 3 mois). Il semble promis à un avenir magnifique dans le football et est un des plus beaux fleurons de la formation française. Il débute en équipe de France à 21 ans, quelques mois après la demi-finale de Séville. Son premier match est prometteur. Titulaire, il marque le but qui offre à la France la victoire face à la Hongrie et est rappelé un mois plus tard face aux Pays-Bas. Mais des douleurs récurrentes au genou vont gâcher sa carrière et il va disparaître peu à peu de la circulation pour prendre sa retraite sportive à 29 ans seulement.

Amara Simba, le roi de la bicyclette

3 sélections de 1991 à 1992 (2 victoire, 1 défaite), 2 buts.

Au début des années 90, Amara Simba se fait connaître du grand public, non pas pour son efficacité, mais pour les buts spectaculaires qu’il marque. Il est régulièrement à l’affiche de la rubrique « Top But » de l’émission TéléFoot qui a pour vocation d’élire le plus beau but de l’année. Son talent ne laisse pas insensible le sélectionneur Michel Platini, qui lui offre sa chance en équipe de France. Il la saisit puisqu’il marque dès son premier match face à la Pologne. Et lors de sa seconde cape, face à l’Islande, il ouvre le score d’un but qui porte sa marque de fabrique : une spectaculaire reprise en ciseau des 9 mètres. Il jouera une troisième fois début 1992 face à l’Angleterre et sera même convoqué pour le championnat d’Europe. Mais une facture du péroné lors d’un entraînement le privera de l’Euro suédois et il ne retrouvera plus sa place en équipe de France.


 

Bernard Mendy, meilleur que Roberto Carlos ?

3 sélections en 2004 (3 nuls).

En 2004, Bernard Mendy, alors âgé de 22 ans, est un prometteur arrière latéral évoluant au Paris Saint-Germain. Jacques Santini le convoque pour le match du centenaire de la FIFA opposant les Bleus aux Brésiliens. Il entre en jeu après la mi-temps et se fait remarquer en débordant l’arrière gauche Brésilien Roberto Carlos qu’il laisse littéralement sur place. L’action se ponctue par un excellent centre en retrait que Sylvain Wiltord n’arrive pas à exploiter. Roberto Carlos était à ce moment l’un des meilleurs défenseurs du monde et surtout l’un des plus rapide. Cette action sera reprise par de nombreuses chaînes de télévision. Mais la carrière en Bleu de Mendy ne décollera jamais. Il jouera à deux autres reprises en équipe de France avant de retourner dans l’anonymat.

Vos commentaires

  • Le 23 septembre 2019 à 10:38, par Richard Coudrais En réponse à : L’autre moitié du ciel (2/3) : portraits d’anonymes

    Connaissez-vous Roger Gabet ?
    Brièvement évoqué sur l’article « Quand la FFF ne voulait pas aller au Brésil », ce milieu de terrain du Racing Club de Paris a connu trois sélections en équipe de France. C’était en 1949 et sa carrière en tricolore s’annonçait plutôt bien. Mais pourtant, il refusa toute autre sélection par peur... de prendre l’avion.
    En cette année 1949, deux accidents aériens avaient endeuillé le monde du sport : celui du 4 mai à Superga où mourut toute l’équipe du grand Torino des années 1940, puis celui du 28 octobre dans les Açores où disparut le boxeur Marcel Cerdan.
    Or Roger Gabet avait posé quelques mois plus tôt sur une photo aux cotés de Marcel Cerdan et d’Emile Bongiorni, l’international français du Torino. La superstition lui fit penser qu’il serait le prochain sur la liste si d’aventure il reprenait l’avion.

  • Le 23 septembre 2019 à 21:10, par Richard Coudrais En réponse à : L’autre moitié du ciel (2/3) : portraits d’anonymes

    Jean-Pierre Tempet fut le gardien d’une seule saison. Lorsqu’il honore sa première sélection le 10 novembre 1982 pour un match contre les Pays-Bas à Rotterdam, le gardien du Stade Lavallois a déjà 28 ans. Il n’imagine pas vraiment faire une longue carrière internationale puisque Michel Hidalgo lui a indiqué qu’il n’assurait qu’un intérim. Le sélectionneur compte en effet faire appel dès la saison suivante (1983/1984) au prometteur gardien des Espoirs Joël Bats pour en faire le gardien de l’Euro 1984. Ainsi Jean-Pierre Tempet a disputé sans pression les cinq rencontres qui lui ont été assignées et a quitté la sélection sans la moindre défaite à déplorer.

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