Lloris-Barthez, le test comparatif

Publié le 6 avril 2017, mis à jour le 30 juin 2019

Maintenant qu’ils sont tous deux champions du monde, on peut essayer de comparer les bilans de Fabien Barthez et de Hugo Lloris en équipe de France. A ceci près que le second peut encore améliorer le sien...

Actualisation d’un article initialement publié en avril 2017.

Jusqu’à l’été 2017, il n’y avait pas photo : les performances et le palmarès de Fabien Barthez en sélection (une Coupe du monde, un Euro, une coupe des Confédérations, plus une finale mondiale perdue) et en club (une Ligue des Champions, trois titres de champion de France et deux titres de champion d’Angleterre) étaient largement supérieurs à ceux de Hugo Lloris.

Depuis, la donne a changé. Lloris a rejoint puis largement dépassé le record de 87 sélections (pour un gardien) détenu par son aîné depuis 2006, et il a remporté la Coupe du monde avec les Bleus en Russie, en sauvant de nombreuses balles de match et en ayant l’honneur de soulever en premier le trophée grâce à son statut de capitaine. Avec 112 capes, il est entré dans le club très fermé des centenaires, et peut viser le record de Thuram (142) alors que Desailly (116) et Henry (123) devraient être rejoints et dépassés dans les prochains mois.

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Pour le reste, les performances de Fabien Barthez en sélection restent encore au-dessus, qu’elles soient collectives ou individuelles. Avec une moyenne de buts encaissés par match largement inférieure (0,55 contre 0,81), un nombre de matchs sans but encaissé supérieur (51 contre 50, avec 25 sélections de moins), et une durée d’invincibilité incomparable (8 matchs contre 3), le champion du monde 1998 fait partout mieux que celui de 2018. Hormis au nombre de sélections et à l’assiduité (qui tient compte du nombre de matchs manqués entre le début et la fin de la carrière internationale). Lloris n’a été absent que lors d’un match sur cinq en moyenne, contre près d’un match sur deux pour Barthez.

Les graphes ci-dessous permettent de lisser les bilans pour tenir compte de la différence d’apparitions en équipe de France. Sur le premier, qui dresse un bilan général, on voit que Lloris a gagné 58% de ses matchs en Bleus, pour environ 20% de défaites. C’est moins bien que Barthez, qui compte 70% de victoires pour seulement 8% de défaites. Sachant que si un gardien ne peut évidemment pas gagner un match à lui tout seul, il peut éviter une défaite ou préserver un succès étriqué.

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En ne regardant que les matches qui comptent, à savoir ceux en compétition, les proportions sont quasiment les mêmes, avec un peu moins de victoires pour Barthez (66%) et un peu plus de nuls, alors que Lloris obtient quasiment mêmes pourcentages (62% de victoires, 18% de défaites).

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Le champion du monde 1998 n’a été battu qu’à quatre reprises en compétition : contre la Russie en juin 1999 (2-3), face au Sénégal puis au Danemark en 2002 et contre la Grèce en 2004. Lloris s’est incliné douze fois.

Si on se restreint aux matches de compétition les plus importants, à savoir ceux en phase finale, deux choses sautent aux yeux : Barthez en a joué 28 entre 1998 et 2006 [1] contre 25 pour son cadet, et il n’en a perdu que trois (deux au Mondial 2002, on l’a vu plus haut, et le quart de finale de l’Euro 2004). Lloris s’est incliné six fois en cinq phases finales : face au Mexique et à l’Afrique du Sud en 2010, contre la Suède et l’Espagne en 2012, face à l’Allemagne en 2014 et contre le Portugal en 2016. La Coupe du monde 2018 est la première où il termine invaincu.

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Mais son nombre de buts encaissés est bien supérieur : 23 contre seulement 18 pour Barthez. Ce dernier a réussi douze clean sheets (matchs sans but encaissé) en 28 rencontres de phases finales, contre onze pour Lloris (en 25 matchs, donc). Sur ce registre, les deux gardiens sont à peu près aussi performants, Barthez encaissant moins de buts que son cadets sur les autres matchs.

Barthez ne craint pas les prolongations

Fabien Barthez est invaincu en prolongations. Il en a joué six (Paraguay et Italie 1998, Portugal et Italie 2000, Cameroun 2003 et Italie 2006) et n’en a perdu aucune. Mieux : il n’a encaissé aucun but alors que la règle du but en or s’est appliquée pour les cinq premières.
 


 

L’expérience de Hugo Lloris est bien moindre. Il n’a joué que deux prolongations, et s’il n’a pas encaissé de buts lors de la première (face à l’Irlande en barrages 2009), il s’est incliné sur un tir lointain d’Eder à la seconde, contre le Portugal en 2016.

 


 

 

Enfin, si Hugo Lloris n’a jamais disputé de séance de tirs au but en sélection, Fabien Barthez en a joué trois. En 1998 contre l’Italie, il a arrêté la tentative d’Albertini et a été suppléé par sa transversale sur celle de Di Biagio. En 2000 contre le Japon au tournoi Hassan-II, il n’est pas malheureux non plus : Inamoto trouve le poteau et Nanami échoue sur la barre. La réussite le fuira la troisième fois, lors de son ultime sélection à Berlin contre l’Italie en 2006. Il n’arrêtera aucun des cinq tirs au but transalpins.

Les pénos, ce n’est pas leur truc

Ni l’un ni l’autre ne sont des spécialistes des penalties. Fabien Barthez en a négocié dix en cours de match avec les Bleus. Il en a encaissé huit. Le neuvième, Raul l’a mis au dessus à la dernière minute de France-Espagne en quart de finale de l’Euro 2000. Et le dixième est aussi le seul qu’il a arrêté, contre David Beckham à Lisbonne pour l’Euro 2004.

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Le bilan de Hugo Lloris est encore moins bon. Le capitaine de l’équipe de France a subit 17 pénalties depuis 2009. Il en a arrêté deux. Le premier était l’œuvre du Biélorusse Kornilenko en septembre 2012, mais Putilo avait suivi et marqué (dans ce cas, le but n’est pas inscrit sur penalty). Et un mois plus tard à Madrid, il avait sorti la frappe de Fabregas alors que l’Espagne menait 1-0. Après en avoir concédé trois en 2016, trois en 2017 et encore quatre en 2018, il n’en a subi pour l’instant aucun en 2019.

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Influence dans le jeu : avantage Barthez

Capitaine très précoce, Hugo Lloris n’a paradoxalement que peu d’influence sur le jeu. Sur le terrain, on le voit assez peu interpeller ses joueurs (hormis ses défenseurs, et encore). Son influence se déploie plutôt hors champ, où elle est difficile à mesurer. Mais ses deux brillantes phases finales, à l’Euro et à la Coupe du monde, lui ont fait passer un cap.

Très rarement capitaine (3 fois, dont une pour dix minutes en fin de finale 2006), Fabien Barthez était très présent dans le jeu. Sa décontraction et sa capacité à rester concentré rassurait sa défense. Il savait aussi prendre le dessus sur un attaquant, notamment dans les un contre un.

Technique : Lloris meilleur sur sa ligne, Barthez loin de ses cages

Remarquable sur sa ligne, où il réalise souvent des sauvetages spectaculaires (notamment à l’Euro 2016 contre la Roumanie et l’Allemagne et à la Coupe du monde 2018, à chaque match), Lloris est également efficace sur les sorties aériennes (hormis une erreur en 2010 contre l’Afrique du Sud sur corner) grâce à son envergure. Ses sorties hors de la surface (notamment de la tête) sont généralement maîtrisées, mais il n’a quasiment jamais de un contre un à devoir gérer.

Barthez était bon sur les sorties aériennes malgré une envergure moyenne (1,83 m) et un gabarit plutôt trapu, mais plus vulnérable sur sa ligne, notamment sur des têtes adverses (Lampard 2004, Charisteas 2004, Materazzi 2006). Il était excellent dans les duels loin de ses buts (contre Chevtchenko en 1999), capable de jouer en avançant pour fermer les angles de tir, très dynamique dans sa surface.

 


 

Avec son excellent jeu au pied, Barthez se payait le luxe de dribbler des attaquants adverses et délivraient des relances tendues très précises, comme pour Henry en 1998 (Arabie Saoudite) ou Trezeguet en 2000 (Italie). Ses passes longues à la main étaient aussi très bonnes.

Le jeu au pied est le gros point faible de Lloris. Gaucher exclusif, il est en grande difficulté quand le ballon arrive sur le pied droit. Ses dégagements sont imprécis et rendent souvent le ballon à l’adversaire, quand ils ne finissent pas en touche. Il relance trop peu souvent à la main.

Décisif dans les matchs de phase finale : égalité

En 2010 et 2012, Lloris avait subi comme toute l’équipe et concédé quatre défaites sur sept (9 buts encaissés). Il a été bien meilleur ensuite, que ce soit en 2013 lors du barrage retour contre l’Ukraine où à la Coupe du monde 2014, notamment face à l’Allemagne. A l’Euro, il a réalisé un très grand tournoi, ne cédant que sur deux pénalties, sur deux buts de près contre l’Islande alors que les Bleus avaient quatre buts d’avance et en finale contre le Portugal après avoir heurté son poteau. La Coupe du monde 2018 est l’apogée de sa carrière, avec des prestations remarquables, notamment dans les matchs fermés (Pérou, Uruguay, Belgique) où il garde sa cage inviolée. Sans une bourde grossière mais sans conséquence en finale face à Mario Mandzukic, son bilan aurait été parfait.


 

Au débit de Barthez, quelques actions confuses devant sa cage contre le Sénégal en 2002 (coup de billard avec Petit dont profite Bouba Diop) et la Corée du Sud en 2006 (Park Ji-Sung). Il est impérial en 1998 (coup de chance contre Baggio en prolongations face à l’Italie, arrêt réflexe sur un tir de Ronaldo à bout portant en finale), décisif en 2000 contre le Portugal (tête d’Abel Xavier détournée en fin de match) et en finale face à Del Piero et en trouvant la tête de Trezeguet sur le but de Wiltord. Excellent aussi contre l’Uruguay en 2002.

La différence entre les deux tient aussi à la chance dont Barthez s’est faite une alliée : il a été sauvé par sa barre en 1998 contre Denilson (Brésil), aux tirs au but contre l’Italie, contre le Sénégal en 2002 (Fadiga) et en finale 2006 (tête de Toni en première mi-temps). Lloris a été moins verni, heurtant un poteau sur le coup franc de Guerreiro en finale de l’Euro 2016, ce qui le pénalisera une minute plus tard sur le but d’Eder.

Conclusion : Lloris n’a plus de temps à perdre

Si l’on peut considérer que Lloris s’est rapproché de Barthez en devenant comme lui champion du monde, il lui reste à gagner l’Euro 2020 pour faire aussi bien, et la Coupe du monde 2022 pour faire mieux (ça rime).

Le gardien de Tottenham est de toute façon le recordman des capitanats, et du nombre de sélections pour un gardien français, avant peut-être d’aller chercher le record absolu pour un joueur français, à l’horizon 2022. Il aura alors 35 ans, soit l’âge de Barthez en 2006...

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[1En comptant la Coupe des confédérations 2003.

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