Quand les arrières marquent : de l’importance du dépassement de fonction

Publié le 3 juillet 2018

L’incroyable but de la 57e minute de France-Argentine signé Hernandez et Pavard, les deux arrières latéraux, illustre parfaitement le rôle essentiel du dépassement de fonction au très haut niveau.

Contre l’Argentine, à la 57e minute, Blaise Matuidi profite d’un mauvais placement de Cristian Pavon pour lancer Lucas Hernandez sur l’aile gauche. Le centre du Madrilène est bon, mais un peu long. Il survole la surface argentine, rebondit deux fois et arrive à l’angle droit. Là, Benjamin Pavard arrive lancé et arme une merveille de volée du droit qui file dans le petit filet opposé de Franco Armani. L’arrière gauche à la passe décisive, l’arrière droit à la finition. Normalement ils n’auraient jamais dû se trouver si près du but adverse en même temps, surtout sur une attaque placée...


 
C’est l’illustration parfaite de ce qu’on appelle le dépassement de fonction. C’est à dire sortir du cadre imposé, prendre l’initiative qui va déstabiliser l’adversaire qui ne s’y attend pas. Et voilà comment on revient dans un match qui était mal engagé.

Remember Thuram contre la Croatie

Le but de Benjamin Pavard a immédiatement réveillé le souvenir de celui de Lilian Thuram contre la Croatie en 1998, d’autant plus que, comme il y a 20 ans, il avait été précédé d’une erreur d’alignement qui avait coûté un but aux Bleus. A la différence près que Thuram avait récidivé 20 minutes plus tard (du gauche !) et que son doublé envoyait l’équipe de France en finale.


 

Lopez, Bossis, Trésor, Amoros, Lizarazu et Blanc l’ont fait aussi

Six autres défenseurs ont comme eux marqué en Coupe du monde : Christian Lopez contre la Hongrie à Mar del Plata en 1978 (premier tour), Maxime Bossis face au Koweït à Valldolid en 1982 (premier tour), Marius Trésor contre la RFA à Séville en 1982 (demi-finale), Manuel Amoros sur pénalty face à la Belgique à Puebla en 1986 (troisième place), Bixente Lizarazu contre l’Arabie Saoudite à Saint-Denis en 1998 (premier tour) et Laurent Blanc face au Paraguay à Lens en 1998 (huitième de finale, but en or).


 
Manuel Amoros aurait même pu marquer quatre ans plus tôt, à Séville contre la RFA : on se souvient encore de sa frappe de 25 mètres, au terme d’un sublime mouvement collectif (lire 8 juillet 1982 : RFA-France). Le ballon fracasse la transversale de Schumacher. Il restait une minute à jouer avant la prolongation, c’était une balle de 2-1 qui ouvrait les portes de la finale.

Ce match de Séville a d’ailleurs été l’occasion d’une très grosse performance des défenseurs français : Patrick Battiston a failli marquer le deuxième but quelques minutes après son entrée comme milieu relayeur à la place de Bernard Genghini, Marius Trésor a scoré en prolongations, Manuel Amoros a transformé son tir au but et malheureusement, Max Bossis a manqué le sien.

Les trois passeurs décisifs avant Lucas Hernandez

Du côté des passeurs décisifs, quatre en ont réussi une en Coupe du monde : Lucas Hernandez contre l’Argentine donc, et avant lui Bixente Lizarazu contre l’Arabie Saoudite en 1998 (pour Thierry Henry), Armand Penverne face à l’Irlande du Nord en 1958 (pour Just Fontaine) et Robert Jonquet contre l’Ecosse (toujours en 1958).

On saluera au passage la performance de Laurent Blanc, buteur en 1998 mais aussi à l’Euro 1996 (contre la Bulgarie) et à l’Euro 2000 (face au Danemark), soit trois buts en trois phases finales consécutives. Il ne lui en aura manqué qu’un à l’Euro 1992 pour faire le grand chelem.

Sans oublier Jean-François Domergue

Et, même si c’est hors contexte, on ne peut se passer de rappeler le jour de gloire de Jean-François Domergue, le soir de ses 27 ans contre le Portugal en demi-finale de l’Euro 1984. Il ouvre le score en frappant un coup franc du gauche, une mine en pleine lucarne de Bento. Et, alors que la prolongation s’achève dans six minutes, il s’arrache à la suite d’une partie de billard dans la surface portugaise pour conclure du plat du pied gauche et égaliser, permettant l’extraordinaire dénouement signé Tigana et Platini. Si ça ce n’est pas un dépassement de fonction…


 

En 2006 et 2016, pas d’arrières décisifs

Il est d’ailleurs significatif que le point commun entre 2006 et 2016, outre la défaite des Bleus en finale, soit l’absence de défenseurs parmi les buteurs ou les passeurs décisifs. Zidane, Henry et Ribéry ont brillé en 2006, de même que Payet, Giroud et Griezmann en 2016, mais il faut croire que ça ne suffit pas pour l’emporter. On saura dans quelques jours si le duo Pavard-Hernandez permettra aux Bleus d’aller au bout en 2018. Mais si Varane ou Umtiti sont décidés à marquer eux aussi, qu’ils ne se gênent surtout pas !

A paraître le 14 novembre

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