Génération 5 : les années Bereta (1966-1975)

Publié le 5 novembre 2018

Cette génération-là, la plus faible de l’après-guerre, est si décousue qu’il est bien difficile d’en dégager un fil conducteur. Georges Bereta en est un possible, même s’il a débuté en 1967, cinq ans après la fin de la génération Kopa.

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La génération Bereta est l’une des plus courtes de l’histoire : à peine sept ans et demi, de décembre 1967 à mai 1975, soit la moitié d’une carrière de footballeur pro. Elle ne fait d’ailleurs la jonction ni avec la génération Kopa, qui est terminée depuis cinq ans, ni avec celle de Platini, qui commencera dix mois plus tard. Il faut dire que cette période qui va du début des années 60 au milieu des années 70 est un véritable trou noir du football français, le pire d’après-guerre : une seule phase finale jouée (la Coupe du monde 1966, élimination au premier tour avec un nul et deux défaites), des éliminations qui reviennent tous les deux ans, des défaites à la pelle (36 en 86 matchs pour seulement 32 victoires !) et des déroutes complètes dont trois en dix-huit mois contre la RFA (1-5), la Yougoslavie (1-5) et l’Angleterre (0-5) entre septembre 1967 et mars 1969.

Qui choisir pour incarner cette génération ? Aucun nom ne se dégage clairement, donc plusieurs sont possibles. Ça aurait pu être le défenseur et capitaine Jean-Djorkaeff, avec ses 48 sélections entre 1964 et 1972. Ou l’attaquant Georges Lech, 35 sélections entre 1963 et 1973. J’ai finalement retenu Georges Bereta, 44 capes entre 1967 et 1975, 12 fois capitaine. L’ailier gauche de poche (1,66 m) doté du frappe terrible et d’un sens du dribble dévastateur se construit en club un palmarès long comme le bras (6 fois champion de France, 4 fois vainqueur de la Coupe de France) et devient le meilleur joueur français en 1973 et 1974.

La génération Bereta commence avec Louis Dugauguez, se poursuit avec Georges Boulogne (à partir de mars 1969) et s’achève avec Stefan Kovacs (qui arrive en août 1973). Elle compte 78 joueurs en 49 matchs, ce qui explique le fait que personne ne se soit imposé sur cette période. Quand Bereta débute, en décembre 1967, il ne reste aucun joueur de l’épopée suédoise, personne pour passer le relais. La Suède de 1958 est alors bien loin.

Le cœur et le noyau

56 des 78 joueurs de la génération Bereta ont effectué au moins la moitié de leur carrière internationale pendant cette période et en forment donc le cœur. 34 d’entre eux y ont même disputé la totalité de leurs matchs, soit quasiment un sur deux. Mais pour 14 d’entre eux, ça ne représente qu’un très bref passage : une seule sélection. Trois de ces éphémères n’ont d’ailleurs jamais joué avec Georges Bereta : il s’agit de l’attaquant lyonnais Yves Mariot, du défenseur nîmois Bernard Boissier et du milieu de terrain de l’US Quevilly, Daniel Horlaville.

Le noyau, qui compte les joueurs ayant au moins joué la moitié des matchs de la période (25 matchs ou plus), est évidemment plus restreint. Il ne compte que huit éléments, dont aucun n’a rejoué après mai 1975. Cinq ont débuté avant l’arrivée de Georges Bereta : Djorkaeff, Bosquier, Carnus, Loubet et Revelli.

Dans les graphiques ci-dessous, je représente en orange les matchs joués hors période (avant ou après), en noir les matchs joués dans la période et en gris clair les matchs manqués pendant la période.

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Ceux qui ont joué entre un quart (13) la moitié (24) des matchs sur la période sont également huit. Parmi eux, un seul, Marius Trésor, sera durablement appelé par la suite : il comptera 43 sélections supplémentaires jusqu’en 1983.

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Qui les a lancés ?

La génération 5 a donc connu trois sélectionneurs différents. C’est Stefan Kovacs qui a lancé le plus de joueurs (28 en seulement deux saisons pleines), devant Georges Boulogne (21 en quatre ans) et Louis Dugauguez (13 en deux ans). Mais 16 joueurs avaient débuté avant : un avec Just Fontaine début 1967, un avec le duo Snella/Arribas à l’automne 1966, huit avec Henri Guérin entre 1964 et 1966, cinq avec Georges Verriest entre 1960 et 1964 et un avec Alex Thépot en 1960.

Un bilan désespérant

Il s’en faut de peu pour que les victoires dépassent les défaites : 21 matchs gagnés sur 49, pour 18 perdus et 10 nuls. C’est évidemment très mauvais, et ça explique la disparition totale de l’équipe de France sur la scène internationale pendant douze ans : pas de phase finale (à l’époque à 4) de championnat d’Europe en 1968 (élimination en quart), 1972 et 1976 (sorti en phase de poules). Pas de Coupe du monde 1970 et 1974. Entre avril 1968 et mars 1969, les Bleus enchaînent six matchs sans victoire dont quatre défaites, avec quatre buts marqués pour seize encaissés. Un vrai trou noir.

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Le point haut : 13 octobre 1972, France-URSS

Ce jour-là, les Bleus de Georges Boulogne inaugurent leur tout nouveau stade, le Parc des Princes de Roger Taillibert et ses 50 000 places (mais seulement 29 000 spectateurs). En face, l’URSS, vice-championne d’Europe quatre mois plus tôt et son étoile ukrainienne Oleg Blokhine. C’est le début des qualifications pour la Coupe du monde 1974 en Allemagne, dans un groupe à trois qui comprend aussi la République d’Irlande. Autant dire que le moindre faux pas se paie cash. Le milieu de terrain animé par le duo Larqué-Chiesa prend le dessus sur un adversaire plutôt lourd, et à l’heure de jeu, un coup franc indirect à vingt mètres est transformé par Georges Bereta qui évolue à l’aile gauche, Hervé Revelli occupant la pointe de l’attaque. 1-0 pour commencer, le moral est au beau fixe. Il ne le restera pas longtemps : l’équipe de France s’inclinera deux fois à l’extérieur et fera un nul à domicile contre les Irlandais. Le Bleus regarderont Cruyff et Beckenbauer à la télévision.


 

Le point bas : 6 novembre 1968, France-Norvège

Ce match-là fait partie de la légende noire des Bleus, tout comme celui contre Chypre en 1988, face à Israël en 1993 ou le Mexique en 2010. Devant 18 000 courageux bravant le froid de la Meinau à Strasbourg, l’équipe de France se heurte à un gardien norvégien en état de grâce qui arrête tout. Et comme souvent dans ce qui ressemble à un match de Coupe de France face à une équipe amateur, c’est le hold-up parfait sur un contre de Odd Iversen mal négocié par Bernard Bosquier et qui finit par un tir sous la barre de Georges Carnus. 0-1, et la Coupe du monde au Mexique qui s’éloigne déjà. Les deux victoires à Oslo (3-1) et contre la Suède (3-0) peuvent laisser des regrets, mais la défaite à Solna entre les deux (0-2) condamne définitivement les Bleus.

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