Génération 8 : les années Zidane (1994-2006)

Publié le 29 avril 2018

Ne cherchez pas : ces douze années-là sont les plus riches de l’histoire des Bleus. Avec cinq finales dont quatre gagnées et seulement six défaites en compétition, la bande à Zizou est une constellation. Heureux ceux qui l’ont connue.

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La huitième génération des Bleus, calée sur la carrière internationale de Zinédine Zidane, va donc du mois d’août 1994 (France-République tchèque à Bordeaux) au mois de juillet 2006 (Italie-France à Berlin). C’est la période qui couvre le plus grand nombre de matchs, 158, et le plus de phases finales, 7 (en comptant les deux Coupes des confédérations en 2001 et 2003). C’est une densité exceptionnelle, d’autant que sur ces huit compétitions, les Bleus en ont remporté quatre (1998, 2000, 2001 et 2003), atteint une finale (2006) et une demi-finale (1996). Soit six podiums pour une élimination en quart de finale (2004) et un échec au premier tour (2002).

102 joueurs ont été appelés en sélection pendant ces douze saisons. 85 ont joué au moins une fois avec Zidane, et 16 n’ont pas de temps de jeu en commun : les gardiens Landreau, Dutruel et Martini, les défenseurs Camara, Chimbonda, Déhu, Evra, Gillet, Givet et Zebina, les milieux Dabo, Mavuba et Meriem et les attaquants Moreira, Née et Papin. La carrière internationale de ce dernier chevauche de quelques mois celle de Zidane (entre août 1994 et janvier 1995), mais les deux hommes se sont croisés sans jouer ensemble.

Aimé Jacquet a lancé Zidane en août 1994. Il aurait été appelé à la Coupe du monde si les Bleus avaient été qualifiés.
Aimé Jacquet a lancé Zidane en août 1994. Il aurait été appelé à la Coupe du monde si les Bleus avaient été qualifiés.

Le cœur et le noyau

Le cœur de la génération Zidane, ce sont les 82 joueurs qui ont disputé plus de la moitié de leur carrière en Bleu pendant la période 1994-2006. 50 y ont même joué tous leurs matchs en sélection. Mais sur ces 50, 34 comptent moins de 10 capes, et 9 n’en ont qu’une seule.

Si on resserre encore la focale en cherchant le noyau dur de cette génération, on trouve huit joueurs qui ont participé à au moins la moitié des 158 matchs (soit 79 et plus). Ce n’est pas Zizou qui en a joué le plus : il en a manqué pas moins de 50, ce qui le place derrière le duo Thuram-Desailly. Vieira, Lizarazu, Wiltord, Barthez et Pirès complètent la liste. Si trois d’entre eux ont débuté leur carrière en équipe de France avant Zidane (mais d’assez peu), quatre autres l’ont prolongée au-delà de 2006.

Sur les graphiques ci-dessous, on représente en orange les matchs joués hors période (avant ou après), en noir les matchs joués dans la période et en gris clair les matchs manqués pendant la période.

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Le deuxième cercle de treize internationaux entre 40 et 78 sélections dans la période comptent plus de joueurs déjà en place à l’arrivée de Zidane en août 1994 (Deschamps, Blanc, Petit Karembeu, Djorkaeff et Dugarry) que de Bleus ayant poursuivi leur carrière après la finale de 2006 (Gallas, Makelele, Sagnol et Trezeguet). Trois autres ont l’intégralité de leur carrière contenue dans la période : Lebœuf, Silvestre et Candela.

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Qui les a lancés ?

La génération Zidane couvre 4 sélectionneurs :
la quasi totalité du mandat d’Aimé Jacquet (49 matchs sur 53), la totalité des mandats de Lemerre (53) et de Santini (28) et les deux premières années du mandat de Domenech (28).

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Mais qui a lancé le plus de joueurs de la génération Zidane ? Aimé Jacquet en a fait débuter près d’un tiers, soit 32 sur 102, dont pas moins de quatre futurs centenaires (Thuram, Henry, Zidane et Vieira). Roger Lemerre en compte 23, pour 14 pour Jacques Santini et 12 pour Raymond Domenech, qui n’ont eu que deux ans chacun contre quatre pour les deux premiers. Avant que ne débute la génération Zidane, Henri Michel avait lancé 3 joueurs qui allaient y participer (Papin, Cantona et Martini), Michel Platini 8 (dont Deschamps, Blanc et Petit) et Gérard Houllier 10 (dont Desailly, Lizarau, Djorkaeff, Karembeu et Lama).

Sur le graphique ci-dessous, je mets en évidence pour chaque sélectionneur la proportion de joueurs lancés par lui et leur nombre total de sélections (sur l’ensemble de leur carrière internationale, pas uniquement sur la période).

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Un bilan imbattable

158 matchs, 101 victoires, 14 défaites : même en s’en tenant à des chiffres bruts, ce bilan-là est unique dans la longue histoire de l’équipe de France, et bien peu d’autres sélections ont fait mieux auparavant et depuis. C’est deux matchs gagnés sur trois, et moins d’un perdu sur dix.

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Mais si on affine, c’est encore mieux : 52 matchs de compétition gagnés sur 80, et seulement six défaites, moins d’un match sur treize ! Et si on zoome sur les phases finales (dont les deux Coupes des confédérations), il n’y a qu’à applaudir : 42 matchs joués (en huit ans, on le rappelle), 28 victoires, 9 nuls et 5 défaites : Pays-Bas 2000, Australie 2001, Sénégal et Danemark 2002 et Grèce 2004. Si on ajoute la Russie en 1999 (en qualifications pour l’Euro) on arrive bien à six.

Le soir où on a cru voir la fin de la génération Zidane : France-Grèce 2004.
Le soir où on a cru voir la fin de la génération Zidane : France-Grèce 2004.

Si maintenant on regarde ce qui s’est passé lors des cinquante matchs sans Zidane, le bilan reste correct avec 28 victoires, mais la proportion est nettement moindre qu’avec Zizou. Surtout, le nombre de défaites est presque le même (6 contre 8) sur deux fois moins de matchs (50 contre 108) ! Sans Zidane, les Bleus ont perdu contre la Russie deux fois (1998 et 1999), les Pays-Bas (2000), l’Australie (2001), la Belgique et le Sénégal (2002). Et avec lui, ils n’ont perdu que deux fois en compétition, face au Danemark en 2002 et à la Grèce en 2004. N’en cherchez pas d’autre, il n’y en a pas.

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Le point haut : 2 juillet 2000 à Rotterdam, France-Italie 2-1

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On ne va pas raconter ce match légendaire, on l’a déjà fait ici (2 juillet 2000 : France-Italie). Mais plutôt expliquer pourquoi celui-là plutôt que l’un des deux France-Brésil, la finale de 1998 ou le quart de 2006. Sans doute parce qu’il est encore plus difficile de se maintenir au sommet que d’y arriver, parce que l’Euro 2000 a été plus relevé que la Coupe du monde deux ans plus tôt et que les Bleus ont proposé un jeu beaucoup plus offensif, basé sur la prise de risques plutôt que sur le blindage. La finale contre l’Italie en est l’illustration parfaite, avec ce renversement de score extraordinaire après que les Italiens aient eu deux balles de 2-0 par Del Piero. Enfin, parce que ce sommet se trouve exactement au milieu de la génération Zidane, au terme de la saison 6.


 

Le point bas : 11 juin 2002 à Incheon, Danemark-France 2-0

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Toute la chance accumulée en 1998 et 2000 s’est évaporée depuis l’arrivée des Bleus en Corée du Sud. Il y a d’abord eu la blessure de Zidane en amical contre le pays hôte, puis un but sur un coup de billard en ouverture contre le Sénégal (0-1), la sortie sur blessure de Lebœuf et l’expulsion de Henry face à l’Uruguay (0-0) et trois barres et poteaux sur des tirs de Trezeguet, Henry et Petit. Tout n’est pas perdu contre le Danemark, qu’il faut battre par deux buts d’écart. Zidane est de retour sur une jambe, Thuram est passé dans l’axe et Candela joue à droite, mais décidément rien ne tourne rond. Les Bleus encaissent deux buts sur des erreurs de placement en défense (dont un tirage de maillot sur Desailly) et trouvent encore deux fois les poteaux sur une tête de Desailly et une frappe de Trezeguet (0-2).


 

Ce que l’on retiendra

Il n’y a pas photo : même si, pour d’excellentes raisons, on peut être nostalgique de la génération 4 — celle de Kopa — ou de la génération 6 — celle de Platini — rien ne peut égaler celle de Zidane. Pendant douze ans, l’équipe de France a atteint un niveau exceptionnel, tant par les résultats que par la culture tactique du groupe ou par l’accumulation d’individualités de niveau mondial. Si, sur le moment, on a pesté contre l’improbable gâchis que fut le Mondial 2002 ou la cuisante élimination par la Grèce deux ans plus tard, on retiendra bien sûr ces cinq finales jouées en huit ans, dont quatre gagnées et une perdue sur le fil. Et ces sorties intrépides de Barthez, ce jeu défensif debout de Blanc, ces rushes irrésistibles de Henry, ces buts dans toutes les positions de Trezeguet et ces débordements côté gauche de Lizarazu. Et l’invraisemblable touche de balle de Zidane, ses roulettes, ses contrôles adhésifs et ses coups d’éclats.


 

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