Gardiens de but de l’équipe de France : chronologie du poste

Publié le 20 octobre 2020 - Bruno Colombari

Longtemps délaissé, peu valorisé, le poste de portier des Bleus n’a été vraiment déterminant qu’à l’arrivée de Joël Bats en 1983. Depuis, sept gardiens comptent plus de 30 sélections alors qu’ils n’étaient que deux lors des huit premières décennies.

Cet article est publié initialement dans le cadre de la série de l’été 2019, Les hommes de mains et mis à jour après l’arrivée de Maignan.

Deux chiffres pour commencer : 860 et 79. Le premier, c’est le nombre de matchs disputés par l’équipe de France depuis 1904 (au 15 octobre 2020). Le second, c’est le nombre de gardiens de but qui se sont succédé sur cette période. Autrement dit, c’est comme si un nouveau portier était appelé tous les onze matchs environ, ou comme si chacun d’eux comptait en moyenne onze sélections.

La réalité est bien sûr très différente. Les deux premiers, que ce soit au nombre de matchs joués, au palmarès ou en talent pur, comptent 205 sélections, soit plus de 23% du total ! Aux 118 de Hugo Lloris s’ajoutent en effet les 87 de Fabien Barthez. Derrière, Joël Bats (50), Bernard Lama (44) et Georges Carnus (36) portent le total des cinq premiers à 333 sélections cumulées, soit près de 40% du total.

Avant-guerre : un poste des plus précaires

Si l’on se penche sur l’histoire des gardiens, il y a clairement trois périodes distinctes. Avant-guerre, ils sont pas moins de 28 à défendre les cages françaises, de Maurice Guichard en 1904 à Julien Darui en 1939. Soit 154 matchs, pour 475 buts encaissés. Pas terrible (3,08 buts par match en moyenne)... Mais bien sûr le faible niveau de la sélection en général et des défenseurs en particulier (l’équipe évolue à l’époque en 2-3-5) n’aide pas.

Chaque gardien occupe le poste en moyenne 5,5 fois. Mais seuls Alex Thépot (31), Pierre Chayriguès (21) et Maurice Cottenet (18) s’installent durablement à ce poste. Huit gardiens ne comptent qu’une seule sélection et neuf autres moins de cinq. La rotation est intense, au moins jusqu’aux débuts du professionnalisme (1932).

Après-guerre : beaucoup de spécialistes, mais aucun ne se détache

La deuxième période va de 1940 à 1983, soit 273 matchs. Elle compte 30 nouveaux gardiens (Julien Darui fait l’essentiel de sa carrière internationale après 1945, mais il a débuté en 1939) desquels émergent, outre Darui (25), Georges Carnus (36 capes à partir de 1963), François Remetter (26 à partir de 1953), Pierre Bernard et Dominique Baratelli (21), sans oublier Marcel Aubour (20) et René Vignal (17). Il y a encore neuf gardiens éphémères (une seule apparition) et quatre autres à moins de cinq capes. Le nombre moyen de sélections par gardien ayant débuté dans cette période passe à 9,1. Il y a 403 buts encaissés, soit 1,47 par match.

Depuis les titres : le temps des très grands

La troisième période, celle qui commence en 1983 et dure encore aujourd’hui, compte 433 matchs et seulement 313 buts encaissés (0,72). Et il n’y a plus que 21 gardiens, qui ont donc disputé près de 21 matchs chacun en moyenne... C’est là que se retrouvent les quatre plus capés dont j’ai parlé plus haut, mais aussi le sixième (Coupet, 34), le septième (Mandanda, 33) et le huitième (Martini, 31). La densité de gardiens de très haut niveau est remarquable, ce qui explique évidemment la moyenne très basse de buts encaissés.

La conséquence est facile à comprendre : il ne reste quasiment rien pour les treize autres. Ulrich Ramé (12 sélections à partir de 1999) et Mickaël Landreau (11 à partir de 2001) grappillent bien quelques matchs, mais Rust, Charbonnier, Porato, Dutruel, Carrasso et Costil ne font que passer (une seule sélection) alors que Rousset, Frey (2), Ruffier, Areola (3) et Letizi (4) se partagent les miettes restantes, Mike Maignan venant d’arriver (1).

Des intervalles qui s’allongent

Autre indicateur intéressant, les intervalles de matchs entre deux nouveaux gardiens. Alors que dans les périodes précédentes, il était rare de voir des années sans nouveau (1976, 1974, 1971, 1970...), les intervalles s’allongent désormais : entre les débuts de Mickaël Landreau en juin 2001 et ceux de Sébastien Frey en novembre 2007, il s’est écoulé plus de six ans, soit 88 matchs avant qu’un nouveau gardien n’ait sa chance. Et plus de cinq ans et 75 matchs entre Cédric Carrasso (juin 2011) et Benoît Costil (novembre 2016). On remarquera que dans les deux cas, les quatre portiers concernés n’ont pas vraiment fait carrière (11 sélections pour Landreau, 2 pour Frey, 1 pour Costil et Carrasso). Les intervalles se sont raccourcis avec les deux derniers arrivés, Areola et Maignan, espacés de deux ans environ.

Auparavant, les intervalles étaient quasi inexistants avant-guerre : il faudra attendre 1923 pour voir un premier intervalle significatif de 20 matchs (près de quatre ans) entre deux nouveaux gardiens, Charles Berthelot et Jacques Dhur. Lors des dix premières années entre 1904 et 1914, on compte pas moins de douze gardiens différents pour seulement 35 matchs ! A titre de comparaison, depuis 2010 et Stéphane Ruffier, seuls quatre nouveaux portiers ont été lancés. Pour 150 rencontres...

Lors de la deuxième période (1940-1983), les intervalles se font plus conséquents, même si le maximum ne dépasse pas 21 matchs (entre 1953 et 1957). Et il devient fréquent d’attendre entre 15 et 20 matchs pour voir un nouveau gardien arriver. Aujourd’hui, ça représenterait un peu plus d’une année, à l’époque plutôt deux ou trois.

Après Maignan, qui sera le suivant ?

Le gardien lillois semble bien installé dans la hiérarchie derrière les indéboulonnables Lloris et Mandanda. Un temps concurrencé par Benjamin Lecomte (en juin 2019), Maignan est largement en avance sur d’éventuels prétendants. A tel point qu’il est compliqué de définir un éventuel numéro quatre : en septembre 2020, quand Mandanda a dû quitter le groupe avant le déplacement en Suède, c’est Benoît Costil qui a été appelé comme troisième gardien. Mais c’était probablement plus une solution d’urgence qu’un véritable statut.

Alban Lafont (Nantes) tardant à confirmer les grands espoirs qu’il avait fait naître à ses débuts à Toulouse, Paul Bernardoni (Angers) semblant caler après plusieurs changements de club, la solution pourrait venir de la Premier League. Et plus précisément de Sheffield, où le jeune Illan Meslier, 20 ans et très grande envergure (1,97 m), commence à faire parler de lui sous les ordres de Marcelo Bielsa. Sera-t-il le successeur de Lloris, après 2022 ?

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Tableau récapitulatif des 79 gardiens

ordreNomdébutfinsel.tps jeu
1 Maurice Guichard 1904 1905 2 180
2 Georges Crozier 1905 1906 2 155
3 Zacharie Baton 1906 1908 4 360
4 André Renaux 1908 1908 1 90
5 Maurice Tilliette 1908 1908 2 180
1 Fernand Desrousseaux 1908 1908 1 90
1 Tessier 1909 1910 5 450
1 Henri Beau 1911 1911 5 450
1 Pierre Chayriguès 1911 1925 21 1890
10 Louis Bournonville 1913 1913 1 90
11 Jean Loubière 1914 1914 1 90
12 Albert Parsys 1914 1920 5 450
13 Raymond Frémont 1919 1919 1 90
14 Maurice Cottenet 1920 1927 18 1620
15 Maurice Beaudier 1921 1921 3 270
16 Émile Friess 1922 1922 2 180
17 Charles Berthelot 1923 1923 1 90
18 Jacques Dhur 1927 1927 1 90
19 Alex Thépot 1927 1935 31 2820
20 Laurent Henric 1928 1929 4 360
21 Charles Allé 1929 1929 1 90
22 Antonin Lozès 1930 1930 3 270
23 André Tassin 1932 1932 5 378
24 Raoul Chaisaz 1932 1932 2 72
25 Robert Défossé 1933 1936 9 810
26 René Llense 1935 1939 11 990
27 Laurent Di Lorto 1936 1938 11 990
28 Julien Darui 1939 1951 25 2250
29 Rodolphe Hiden 1940 1940 1 90
30 Alfred Dambach 1944 1944 1 90
31 Marcel Domingo 1948 1948 1 90
32 René Vignal 1949 1954 17 1380
33 Abderrahman Ibrir 1949 1950 6 570
34 Paul Sinibaldi 1950 1950 1 90
35 Stéphane Dakowski 1951 1951 2 180
36 César Ruminski 1952 1954 7 630
37 François Remetter 1953 1959 26 2310
38 Jean-Pierre Kress 1953 1953 1 90
39 Dominique Colonna 1957 1961 13 1036
40 Claude Abbes 1957 1958 9 780
41 Georges Lamia 1959 1962 7 568
42 Jean Taillandier 1960 1960 3 270
43 Pierre Bernard 1960 1965 21 1802
44 Bruno Ferrero 1962 1962 1 90
45 Georges Carnus 1963 1973 36 3194
46 Marcel Aubour 1964 1968 20 1754
47 Daniel Eon 1966 1967 3 226
48 Yves Chauveau 1969 1969 1 90
49 Dominique Baratelli 1972 1982 21 1789
50 Jean-Paul Bertrand-Demanes 1973 1978 11 955
51 René Charrier 1975 1975 2 136
52 André Rey 1977 1979 10 854
53 Dominique Dropsy 1978 1981 17 1354
54 Jean-Luc Ettori 1980 1982 9 794
55 Philippe Bergeroo 1980 1984 3 162
56 Jean Castaneda 1981 1982 9 764
57 Pierrick Hiard 1981 1981 1 90
58 Jean-Pierre Tempet 1982 1983 5 450
59 Joël Bats 1983 1989 50 4527
60 Albert Rust 1986 1986 1 120
61 Bruno Martini 1987 1996 31 2660
62 Gilles Rousset 1990 1992 2 180
63 Bernard Lama 1993 2000 44 3975
64 Fabien Barthez 1994 2006 87 7900
65 Lionel Charbonnier 1997 1997 1 90
66 Lionel Letizi 1997 2001 4 327
67 Ulrich Ramé 1999 2003 12 1035
68 Stéphane Porato 1999 1999 1 90
69 Richard Dutruel 2000 2000 1 33
70 Grégory Coupet 2001 2008 34 3060
71 Mickaël Landreau 2001 2007 11 990
72 Sébastien Frey 2007 2008 2 135
73 Steve Mandanda 2008 2020 33 2871
74 Hugo Lloris 2008 2020 118 10599
75 Stéphane Ruffier 2010 2015 3 270
76 Cédric Carrasso 2011 2011 1 90
77 Benoît Costil 2016 2016 1 90
78 Alphonse Areola 2018 2019 3 270
79 Mike Maignan 2020 2020 1 45

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