En 1938 (Italie) et 2014 (Allemagne) les Bleus ont été sortis à ce stade, contre le futur champion du monde. En 1958, 1986, 1998 et 2006 ils l’ont emporté. On pourrait ajouter le match contre l’Irlande du Nord en 1982 si on considère celui contre l’Autriche comme un huitième, même si ce n’est pas tout à fait le cas (un nul suffisait pour atteindre la demi-finale).
Le quart, c’est le point de bascule entre un tournoi raté et un réussi. S’ils l’emportent, les Bleus sont dans le dernier carré pour la sixième fois. Et s’ils sont battus par le Brésil, on ne leur en voudra pas, sauf bien sûr en cas de défaite large.
S’ils sont éliminés par l’Uruguay, ce sera un échec plus qu’en 2014 contre l’Allemagne. Dans ce cas, la belle victoire contre l’Argentine suffira-t-elle pour sauver Didier Deschamps ? Tout dépendra sans doute de la manière dont l’équipe de France aura tenté sa chance.
France-Argentine, le match des losers
Une qualification en demi-finale permettrait aux Bleus d’une part de battre l’équipe la plus solide du tournoi, et surtout d’atteindre l’objectif fixé par Noël Le Graët. Terminer dans le dernier carré mondial est une belle performance, et tomber face au Brésil, grandissime favori désormais, n’aurait rien de condamnable.
Mais la finale de l’Euro disputée par les Bleus il y a deux ans, qui a fait de l’équipe de France la deuxième sélection européenne, a élevé le niveau de l’attente. D’autant plus que depuis, le champion d’Europe sortant a été lui-même sorti, et que les deux européens classés parmi les favoris de la compétition (avec le Brésil) ont été éliminés prématurément. Exit le Portugal, l’Espagne et l’Allemagne.
Il se trouve que le huitième de finale à Kazan a opposé le finaliste de l’Euro 2016 au finaliste du Mondial 2014. Autrement dit, les losers continentaux, surtout si l’on rappelle que l’Argentine a aussi perdu les deux dernières finales de Copa América (en 2015 et 2016, les deux fois aux tirs au but contre le Chili).
Les mauvaises stats des vice-champions d’Europe
La qualification de la France contre l’Argentine n’avait rien d’évidente d’un point de vue statistique : comme on va le voir, si le finaliste mondial sortant est parfois allé au bout, ça n’a jamais été le cas du finaliste européen. Mais, comme on dit, les statistiques ne servent jamais à prédire l’avenir, juste à décrire le passé.
Bilan du finaliste de l’Euro sur 14 Coupes du monde depuis 1962 (le championnat d’Europe a été créé en 1960) :
– 4 fois absent
– 2 fois éliminé au premier tour
– 1 fois sorti en huitième de finale
– 3 fois battu en quart de finale
– 4 fois tombé en demi-finale
Le finaliste de l’Euro n’atteint les quarts qu’une fois sur deux. A ce stade, trois fois sur sept, il est éliminé. Et il n’a jamais passé le cap des demi-finales.
Le vice-champion du monde s’en sort mieux, sauf s’il a un maillot à rayures
La différence est flagrante avec le niveau de performance du vice-champion du monde lors de l’édition suivante depuis 1934 :
Bilan du finaliste de la Coupe du monde sur 20 éditions (on ne compte évidemment pas la première en 1930) :
– 4 fois absent
– 3 fois éliminé au premier tour
– 3 sorti en huitième de finale
– 3 fois battu en quart de finale
– 2 fois tombé en demi-finale
– 2 fois finaliste
– 2 fois vainqueur du tournoi
Le finaliste de la Coupe du monde atteint, lors de l’édition suivante, les quarts de finale une fois sur deux. Quant il atteint la finale (quatre fois), il la gagne une fois sur deux. On remarque non sans malice que l’équipe éliminée trois fois en huitième de finale, c’est... l’Argentine.
Faire mentir les chiffres
En conclusion, on dira que c’est aux Bleus de faire mentir les chiffres contre l’Uruguay vendredi. Ils sont bien partis pour, tant cette édition 2018 est celle des premières pour eux :
– premier match contre l’Australie en Coupe du monde
– première victoire de l’histoire contre le Pérou
– premier nul contre le Danemark en phase finale
– première victoire contre l’Argentine en Coupe du monde
– premier match à élimination directe contre l’Uruguay
En battant la Celeste, ils briseraient une série en cours. Et s’ils atteignaient la finale, ils seraient le premier vice-champion d’Europe à le faire. Il n’y a plus qu’à.