Génération 6 : les années Platini (1976-1987)

Publié le 4 juin 2018, mis à jour le 4 octobre 2018

A partir de 1976, une bande de jeunes prend le pouvoir chez les Bleus. Bossis, Six et Rocheteau accompagnent le meilleur joueur français : Michel Platini. La génération 6 est en marche, rien ou presque ne l’arrêtera.

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La génération Platini va de mars 1976 à avril 1987, soit onze ans et un mois. Elle est presqu’aussi longue que celle de Zidane (onze ans et neuf mois). Mais elle ne compte que 98 matchs, parmi lesquels, tout de même, pas moins de quatre phases finales (un Euro, trois Coupes du monde). Avec un titre européen, le premier de son histoire, deux demi-finales mondiales et une coupe intercontinentale (en août 1985 contre l’Uruguay), c’est la génération la plus titrée de l’histoire après celle, évidemment, de Zidane.

Elle bénéficie de l’arrivée massive d’une génération de joueurs exceptionnelle, avec, outre Platini, Maxime Bossis et Didier Six (qui débutent le même jour que lui, en mars 1976), mais aussi de Marius Trésor (lancé en 1971), Bernard Lacombe (1973), Alain Giresse (1974) ou Dominique Rocheteau (1975). Viendront ensuite Patrick Battiston (1977) Bernard Genghini et Jean Tigana (1980).

La génération 6 couvre toute la période de Michel Hidalgo sélectionneur (de mars 1976 à juin 1984) et les deux tiers de celle de Henri Michel (d’août 1984 à avril 1987). Elle compte pas moins de 100 joueurs tout rond, c’est dire qu’elle a été avant tout, au moins jusqu’en 1983, une période de brassage intense. Il ne reste que 19 joueurs lancés par Stefan Kovacs entre 1973 et 1975 (dont, quand même, Bernard Lacombe, Alain Giresse, Dominique Rocheteau, Gérard Janvion et Christian Lopez) et 5 autres qui remontent à Georges Boulogne (dont Marius Trésor).

La génération Platini se superpose pendant un peu plus d’un an avec la suivante, celle de Jean-Pierre Papin, lancé en février 1986. Papin et Platini vont jouer sept fois ensemble, dont les trois premiers matchs de la Coupe du monde au Mexique. Plusieurs cadres importants de la génération 7 ont débuté avec Platini, comme Manuel Amoros, Luis Fernandez, Joël Bats ou Basile Boli. Mais hormis ce dernier, ils ont tous été lancés par Michel Hidalgo.

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Le cœur et le noyau

84 joueurs sur 100 ont disputé au moins la moitié de leur carrière pendant la durée de la génération Platini (98 matchs) et en forment donc le cœur. Parmi eux, 47 y ont vécu toute leur carrière internationale, ce qui est considérable. La durée de la période et la brièveté des carrières (qui s’arrêtaient, en sélection, vers 31 ans) explique ce phénomène. Dix d’entre eux n’ont pas partagé de temps de jeu avec Platini : le gardien Albert Rust, le défenseur Gérard Farison, les milieux Farès Bousdira, Claude Papi, Francis Piasecki, Dominique Bijotat et Patrick Delamontagne et les attaquants Gérard Buscher, Stéphane Paille et Pierre Pleimelding.

Le noyau, qui compte les joueurs ayant au moins joué la moitié des matchs de la période, est évidemment beaucoup plus restreint. Il ne compte que cinq éléments, Platini étant dépassé par Max Bossis qui n’a manqué que 22 rencontres (dont les 5 dernières, puisqu’il a quitté les Bleus en juin 1986). Il est suivi par Six, Battiston et Tigana. Ces deux derniers ont joué une poignée de matchs après 1987, lorsque Platini est devenu sélectionneur.

Dans les graphiques ci-dessous, on représente en orange les matchs joués hors période (avant ou après), en noir les matchs joués dans la période et en gris clair les matchs manqués pendant la période.

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Le deuxième cercle regroupe ceux qui ont joué entre un quart et la moitié des matchs de la période, soit entre 25 et 48 apparitions. Ils sont 11 dans ce cas, dont un seul (Bernard Genghini) ayant une carrière internationale complète. Les dix autres ont soit débuté avant (Giresse, Rocheteau, Trésor, Lopez et Lacombe) soit terminé après (Amoros, Fernandez, Bats et Bellone).

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Qui les a lancés ?

La génération 6 n’ayant connu que deux sélectionneurs, dont un pendant huit ans, il est évident que c’est Michel Hidalgo le principal créateur de cette période. Il a lancé 64 joueurs, dont huit ont terminé leur carrière internationale avec 50 sélections ou plus : Amoros (82), Bossis (76), Platini (72), Fernandez (60), Battiston (56), Six et Tigana (52) et Bats (50). Henri Michel fait figure de parent pauvre avec, en deux ans et demi, onze joueurs lancés dont un seul dépassera les 50 sélections, Papin (54).

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Sur le graphique ci-dessous, je mets en évidence pour chaque sélectionneur la proportion de joueurs lancés par lui et leur nombre total de sélections (sur l’ensemble de leur carrière internationale, pas uniquement sur la période).

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Un bilan inespéré

Si les chiffres bruts (53 victoires pour 23 défaites et 22 nuls) ne sont en soi pas extraordinaires (sauf si on les compare aux périodes précédentes, bien plus mauvaises), ils deviennent bien meilleurs quand on les restreint aux matchs de compétition, avec 31 victoires pour seulement 13 défaites (toutes concédées à l’extérieur, sauf une, contre l’URSS en 1986) et 9 nuls. C’est de suite beaucoup plus présentable. Et si on resserre encore sur les 22 matchs de phase finale, c’est encore mieux, avec 13 victoires pour 5 défaites, dont deux seulement (contre l’Argentine en 1978 et la RFA en 1986) ont été éliminatoires.

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Il y a quand même une bizarrerie à ce bilan : il est meilleur sans Platini qu’avec lui ! Quand ils avaient leur numéro 10 sur le terrain, les Bleus ont gagné 37 fois sur 72 (et 18 défaites). Sans lui, ils l’ont remporté 16 fois sur 26 (5 défaites seulement). Ce qui veut dire que l’équipe n’était pas si dépendante de lui qu’on pourrait le penser, et surtout que ses absences ne concernaient le plus souvent que des matchs mineurs : Platini n’a manqué que trois rencontres de phase finale (l’Autriche et la Pologne en 1982 et la Belgique en 1986). 15 autres étaient amicale.

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Le point haut : 23 juin 1984, France-Portugal

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Il y en a eu beaucoup, le plus évident semblant bien sûr être le Brésil-France de 1986. Mais ce n’est pas lui qui a fait franchir un cap aux Bleus, qui allaient caler quatre jours plus tard. C’est deux ans plus tôt, à Marseille. Ce jour-là, dans un Vélodrome balayé par un mistral violent, les Bleus de Platini n’ont pas le choix : ils doivent crever le plafond de verre qui les bloque en demi-finale, comme en 1958, en 1960 et en 1982. En face, ce n’est pas l’Espagne ou la RFA, mais le Portugal de Nene, Chalana et Jordao, l’équipe piège par excellence.

L’équipe de France domine, ouvre le score par Domergue, bombarde les buts de Bento mais ne creuse pas l’écart. Les Portugais égalisent à un quart d’heure de la fin, la machine se grippe. Prolongations, deuxième but de Jordao, c’est Séville à l’envers et Bats sauve une balle de 1-3. Les Bleus se révoltent enfin et emportent tout sur leur passage, avec l’égalisation arrachée par Domergue (dont c’est l’anniversaire) et le fameux but de la victoire signé autant par Tigana, qui fait tout le travail, que par Platini, qui l’achève.


 

Le point bas : 8 septembre 1981, Belgique-France

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Depuis une cuisante défaite à Hanovre en novembre 1980 contre la RFA (1-4), tout va de travers pour les Bleus en 1981 : battus en Espagne en amical, aux Pays-Bas en Coupe du monde, contre le Brésil et Stuttgart en amical au Parc… Quand arrive le match de Bruxelles contre la Belgique en septembre, ils sont le dos au mur.

Mais ils sont balayés tactiquement et physiquement par les Belges avec Hiard dans les cages, Mahut en défense centrale et Platini en avant-centre (0-2). Le milieu Moizan-Larios-Giresse n’a pas fonctionné et les critiques fusent en direction de Michel Hidalgo. Heureusement, les deux premières places sont qualificatives pour la Coupe du monde 1982. Après une nouvelle défaite en octobre à Dublin contre l’Irlande (2-3), l’équipe de France arrachera la qualification en battant les Pays-Bas avec trois numéros dix (Giresse, Genghini et Platini).


 

Ce que l’on retiendra

Difficile d’être objectif quand on avait 16 ans au moment de Séville et 20 pendant Guadalajara : cette génération-là, c’est évidemment ma préférée, tant elle a propulsé l’équipe de France au rang des grandes nations de football, en ouvrant d’abord son palmarès (et ce n’est pas rien), mais surtout en proposant une qualité de jeu qui en faisait la digne héritière de celle de 1958.

Fluidité, audace, maîtrise technique, panache, grandeur, les qualificatifs manquent pour évoquer les merveilles de jeu que furent les matchs contre l’Argentine en 78, l’Irlande du Nord et l’Allemagne en 1982, la Belgique et le Portugal en 1984 ou l’URSS et le Brésil en 1986. La génération Platini, c’était Noël en juin les années paires, et son souvenir aura à jamais dans ma mémoire le goût sucré des jeunes années, celles où l’on croit encore que tout est possible.

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