Les dix générations qui ont fait l’histoire des Bleus

Publié le 21 avril 2018, mis à jour le 16 août 2018

De 1920 à aujourd’hui, on peut dégager dix générations successives autour d’un joueur clé. Devaquez, Mattler, Baratte, Bereta, Papin et Ribéry ont ainsi assuré la continuité autour des époques Kopa, Platini et Zidane. Présentation de la série.

Si 901 joueurs ont porté au moins une fois le maillot de la sélection depuis 1904, on peut considérer qu’en 114 ans, et en considérant qu’une génération de footballeurs dure une dizaine d’années en moyenne, nous en serions approximativement à la douzième génération, mais il faut tenir compte des interruptions lors des années de guerre et du fait qu’au début du 20è siècle, l’équipe de France jouait peu de matchs mais utilisait énormément de joueurs.

Pourquoi ne pas raconter l’histoire des Bleus par le biais d’un joueur représentatif d’une génération, en étudiant ceux qui l’ont accompagné, les résultats qu’ils ont obtenu, et en pointant le point culminant et le point bas de la période ? C’est ce que je vais faire dans les prochaines semaines, dans une série de dix articles, chacun étant consacré à une génération. J’en ai identifié dix, que je vais vous présenter maintenant. D’une certaine manière, ils constituent l’ADN de l’équipe de France, sa mémoire et son patrimoine génétique.

Jules Devaquez (1), Etienne Mattler (2), Jean Baratte (3), Raymond Kopa (4), Georges Bereta (5), Michel Platini (6), Jean-Pierre Papin (7), Zinédine Zidane (8), Franck Ribéry (9) et Antoine Griezmann (10).
Jules Devaquez (1), Etienne Mattler (2), Jean Baratte (3), Raymond Kopa (4), Georges Bereta (5), Michel Platini (6), Jean-Pierre Papin (7), Zinédine Zidane (8), Franck Ribéry (9) et Antoine Griezmann (10).

La décennie d’avant la première guerre mondiale a été trop chaotique et trop brouillonne pour être lisible. Personne ne se détache de cette période, tant les joueurs ont été nombreux et, il faut bien le dire, dépourvus de talent. A l’exception sans doute d’Eugène Maës, mais avec 11 sélections concentrées sur deux années, le premier grand buteur des Bleus ne peut prétendre au statut de chef de file générationnel.

Depuis les années 1920, il est possible de dégager des générations successives autour d’un joueur clé. Dans le schéma ci-dessous, chaque génération est représentée par un cercle dont la taille est proportionnelle au nombre de matchs qu’elle comprend. Par exemple, Zidane compte 108 sélections entre 1994 et 2006, mais dans cet intervalle il y a eu 158 matchs. C’est ce nombre qui est indiqué, ainsi que les titres majeurs (ou la meilleure performance) de la période. Les générations en rouge sont les majeures, les générations en gris sont les intermédiaires. Celle de Griezmann ne peut pour l’instant pas être classée dans l’une ou l’autre catégorie, même si sa deuxième place à l’Euro 2016 la rapproche de la première.

PNG - 225.7 ko

Si dans l’entre-deux-guerres, aucun joueur français n’a atteint un niveau mondial, on peut quand même, arbitrairement certes, en identifier trois. Le premier est l’attaquant de l’Olympique de Paris puis de l’OM Jules Devaquez, 41 sélections entre 1920 et 1929 et 11 buts inscrits. Sa carrière vient se caler entre la création de la FFF en janvier 1920 et mai 1929, à un an de la première Coupe du monde.

Etienne Mattler (à gauche) et Abdelkader Ben Bouali à la Coupe du monde 1938.
Etienne Mattler (à gauche) et Abdelkader Ben Bouali à la Coupe du monde 1938.

Le suivant est Etienne Mattler, le défenseur du FC Sochaux. Entre 1930 et 1940, il compte 46 sélections et devient le recordman du genre. Il est également 14 fois capitaine, et participe aux trois Coupes du monde d’avant-guerre.

Jean Baratte, attaquant de Lille, aurait certainement fait une brillante carrière internationale s’il était né dix ans plus tard. Entre 1944 et 1952, il joue 32 fois en équipe de France et inscrit 19 buts. On le surnomme à son époque le « capitaine courage ».

En octobre 1951, Jean Baratte contre l'Angleterre à Highbury.
En octobre 1951, Jean Baratte contre l’Angleterre à Highbury.

La quatrième génération est d’évidence celle de Raymond Kopa, le premier français de classe mondiale. Entre 1952 et 1962, il fait entrer les Bleus dans la cour des grands en 45 sélections, son passage au Real Madrid (1956-1959) lui en ayant coûté une vingtaine. Il n’aura pas eu la fin de carrière qu’il méritait, sorti par la petite porte en 1963 par la Fédération et par un sélectionneur revanchard.

En 1960, Raymond Kopa croise à nouveau la route de Pelé.
En 1960, Raymond Kopa croise à nouveau la route de Pelé.

C’est ensuite que les affaires se corsent. La première moitié des années 60 est la pire période des Bleus depuis la guerre, et, comme à la Belle Epoque, aucune personnalité n’émerge alors que les sélectionneurs se succèdent à toute vitesse. Le seul nom que l’on peut associer à la décennie 66-75, celle qui va de la Coupe du monde anglaise à l’arrivée de Michel Hidalgo, c’est Georges Bereta. L’aillier gauche stéphanois compte 44 sélections avec les Bleus, dont il est 12 fois capitaine, et se forge en club un palmarès brillant.

Georges Bereta (à gauche) et Aimé Jacquet dans le vestiaire stéphanois, à la fin des années 60.
Georges Bereta (à gauche) et Aimé Jacquet dans le vestiaire stéphanois, à la fin des années 60.

De mars 1976 à avril 1987, c’est la génération Platini, une génération exceptionnelle qui compte aussi Bossis, Tigana, Rocheteau, Giresse, Six ou Battiston. Emmenés par leur triple Ballon d’Or, les Bleus dominent l’Europe et échouent deux fois tout près d’une finale mondiale. C’est l’époque du carré magique, des audaces offensives payées cash puis de la conversion à la rigueur défensive inculquée par Platini le Turinois.

En juin 1986, Platini enlace Papin après son but contre le Canada.
En juin 1986, Platini enlace Papin après son but contre le Canada.

La septième génération, celle de Jean-Pierre Papin, aura été plus pauvre en talents, ou plus exactement ceux-ci, Cantona excepté, se comptaient dans la génération précédente finissante (Bats, Fernandez, Amoros, Touré) ou dans la suivante, pas encore mature (Blanc, Deschamps, Lama, Lizarazu...). C’est l’exemple même d’une phase de transition.

La huitième est de très loin la plus chargée en titres, en gloire et en centenaires en sélections. De l’été 1994 à 2006, Zinédine Zidane va prendre la tête d’un groupe exceptionnel formant l’équipe de France la plus forte de l’histoire. Ça ne l’a pas empêchée de connaître de gros trous d’air, ou de se faire sortir par le Danemark en 2002 et la Grèce en 2004.

En juin 2006, Zidane vient d'inscrire le troisième but contre l'Espagne. Ribéry avait égalisé.
En juin 2006, Zidane vient d’inscrire le troisième but contre l’Espagne. Ribéry avait égalisé.

La neuvième génération ressemble beaucoup à la septième : avec un chef de file, Franck Ribéry, adoubé en Coupe du monde par la superstar sortante (Zidane en 2006, comme Papin l’avait été par Platini en 1986), et le cocktail qui ne prend pas entre vieilles gloires (Thuram, Henry, Vieira, Makelele) et jeunes loups (Benzema, Nasri, Gourcuff).

En mai 2014, quelques instants avant l'annonce du forfait de Franck Ribéry.
En mai 2014, quelques instants avant l’annonce du forfait de Franck Ribéry.

Depuis quatre ans, nous voilà dans la dixième génération, celle emmenée par Antoine Griezmann. Quand cet article a été écrit, il était impossible de dire si, après les coups d’éclats et les déceptions de 2014 et 2016, elle serait capable de franchir un cap. La Coupe du monde 2018 en apporté la réponse. Cette génération-là est bien l’une des quatre grandes de l’histoire après la huitième (Zidane) mais déjà devant la sixième (Platini) et la quatrième (Kopa). On ne sait pas encore jusqu’où elle ira, sans doute jusqu’à la Coupe du monde 2022 voire l’Euro 2024 pour sa tête de file. Mais il n’est pas impossible que, chose inédite dans le football français, elle abrite en son sein une autre génération encore plus forte. Celle de Kylian Mbappé.

A paraître le 14 novembre

Dernier livre paru

Sites partenaires


Stats sur l'équipe de France


Base de données mondiale


Matches en intégralité