26 mai 1994 : le premier France-Australie

Publié le 21 novembre 2022 - Richard Coudrais

C’est le 26 mai 1994 que les équipes de France et d’Australie de football se sont rencontrées pour la première fois. La rencontre a lieu au Japon, dans le cadre de la Kirin Cup, sur un terrain détrempé.

4 minutes de lecture

En mai 1994, les meilleures sélections du monde procèdent à leurs derniers réglages avant d’aller disputer la World Cup aux USA. L’équipe de France, on le sait, est absente du grand rendez-vous américain, la faute à Emil Kostadinov.

Une affiche de rugby

Au lendemain de ce triste France-Bulgarie de 1993, la sélection a été reprise en main par Aimé Jacquet. Après deux rencontres ponctuées par d’intéressantes victoires (1-0 contre l’Italie à Naples, 3-1 contre le Chili à Lyon), l’équipe de France s’envole pour le Japon où elle a été invitée à disputer la Kirin Cup, un tournoi quadrangulaire qui doit l’opposer à l’Argentine, à l’Australie et au Japon. Les sélectionneurs apprécient toujours ces expéditions lointaines qui permettent de souder un groupe.

C’est l’Argentine qui aurait dû inaugurer le programme des Tricolores, mais la fédération argentine a déclaré forfait après que les autorités japonaises aient refusé d’accorder un visa à Diego Maradona et Claudio Caniggia, deux joueurs récemment impliqués dans des affaires de drogue, chose avec laquelle on ne plaisante pas au Japon. C’est donc contre l’Australie que l’équipe de France débute sa Kirin Cup, au stade du Mémorial de l’Universiade à Kobe.

C’est la première fois que les deux pays s’affrontent balle au pied. Jusqu’alors, France-Australie était surtout une affiche de rugby (25 confrontations depuis 1928). L’Australie n’est pourtant pas à proprement parler un nouveau venu sur la scène du football international. La sélection océanienne avait notamment participé à la Coupe du monde 1974, où elle n’inscrivit aucun but mais tint le Chili en échec. Depuis, elle a manifesté certains progrès même si on ne la voit plus en Coupe du monde. Il faut dire que si elle domine le continent océanien, elle doit régulièrement disputer un barrage souvent insurmontable face à une nation européenne ou sud-américaine.

Ce fut le cas pour la World Cup américaine, où elle s’inclina, justement, face à l’Argentine de Maradona et Caniggia. Certains des joueurs australiens opposés aux Français font carrière en Europe, comme Robbie Slater du RC Lens, mais aussi le milieu de terrain Ned Zelić (Borussia Dortmund) et l’attaquant Aurelio Vidmar (Waregem).

Des débutants nommés Barthez et Dugarry

Aimé Jacquet a emmené vingt joueurs, comme le prévoit le règlement de la Kirin Cup, parmi lesquels trois novices : le gardien marseillais Fabien Barthez, l’attaquant bordelais Christophe Dugarry et le buteur nantais Nicolas Ouédec. Il aurait aimé emmener deux autres éléments prometteurs, Lilian Thuram et Zinédine Zidane, mais ceux-ci ont dû déclarer forfait.

Barthez et Dugarry sont titulaires face à l’Australie. Aimé Jacquet aligne une équipe assez expérimentale dotée de quatre attaquants : Dugarry, Ginola, Papin et Cantona, ce dernier décrochant en meneur de jeu comme il en a pris l’habitude depuis qu’il joue à Manchester United.

Le Nantais Jean-Michel Ferri assure les tâches défensives du milieu de terrain devant une défense à cinq hommes au milieu de laquelle on retrouve Laurent Blanc qui avait pourtant, comme Papin et Sauzée, annoncé la fin de sa carrière internationale à l’issue de France-Bulgarie. Le libéro stéphanois est aligné aux côtés de deux stoppeurs, Emmanuel Petit et Jocelyn Angloma et de deux arrières d’aile, Christian Karembeu et Éric Di Meco.

Un terrain détrempé

16.743 spectateurs sont présents dans les tribunes, mais c’est surtout la pluie qui s’est invitée, déversant des hectolitres d’eau qui ont transformé le terrain en mare. La rencontre aurait dû être reportée, mais des impératifs télévisuels et financiers ont forcé le maintien du match.

La rencontre, dans ces conditions, présente peu d’intérêt. Le ballon est fréquemment freiné par les flaques d’eau. En outre, un vent tourbillonnant accentue la difficulté des joueurs dans leur évolution. Les Australiens se créent les premières occasions et permettent de faire briller le débutant Fabien Barthez. Les Français se heurtent au jeu très musclé de leurs adversaires puis s’adaptent peu à peu aux circonstances.

A la demi-heure de jeu, Jean-Pierre Papin obtient un pénalty pour une faute de Tony Vidmar. L’attaquant de l’AC Milan exécute lui-même la sentence, mais sa frappe en force est arrêtée par l’immense Željko Kalac (2,02 mètres). C’est le troisième pénalty (sur huit) que manque Jean-Pierre Papin avec les Bleus.

Peu avant la mi-temps, Dugarry envoie un long centre aérien dans la surface où le capitaine Éric Cantona, plus british que jamais, reprend le ballon de la tête et lobe le géant australien. Ce sera le seul but de la partie. En fin de rencontre, les Australiens s’efforcent d’obtenir l’égalisation. Ned Zelić puis le remplaçant John Markovski placent chacun une tête mais Barthez réalise deux arrêts de grande classe et préserve la victoire.

Trempés, mais victorieux

Corentin Martins et Reynald Pedros font leur entrée dans le dernier quart d’heure à la place de Dugarry et Ginola. Les Tricolores trempés s’imposent 1-0. Avec leur victoire (4-1) contre le Japon trois jours plus tard à Tokyo, ils pourront ajouter le nom d’un trophée à leur palmarès, même si celui-ci a autant de valeur que celui du Tournoi de France 1988 ou du tournoi du Koweït 1990.

Les Bleus retrouveront l’Australie dans bien des endroits du globe. Après Kobé, ce sera Melbourne et Paris, mais aussi Daegu, Kazan, Al-Wakrah… En attendant, cette Kirin Cup 1994 donne une bonne base de travail au sélectionneur. La plupart des vingt joueurs du tournoi feront un bout de chemin avec Aimé Jacquet. Et neuf d’entre eux seront sur le terrain le 12 juillet 1998.

Kobe, Stade du Mémorial de l’Universiade, le 26 mai 1994
France bat Australie 1-0
But : Cantona (42’)
FRANCE : Barthez - Angloma, Blanc, Di Meco, Karembeu - Petit, Ferri, Cantona - Dugarry (Martins 73’), Papin, Ginola (Pedros 73’). Entraîneur : Aimé Jacquet.
AUSTRALIE : Kalac - T. Vidmar (Polak 71’), Tobin, Ivanovic, Durakovic - Wade (Markowski 82’), Slater, Zelić, Veart - A.Vidmar, Van Blerk. Entraîneur : Eddie Thomson.
Arbitre : Masayoshi Okada (Japon)
Avertissements : Karembeu, Papin,
16.743 spectateurs
JoueurÂgePosteSél.Club
Fabien Barthez 22 ans Gardien 1/87 Olympique Marseille
Christian Karembeu 23 ans Défenseur 4/53 FC Nantes
Jocelyn Angloma 28 ans Défenseur 16/37 Olympique Marseille
Laurent Blanc 28 ans Défenseur 36/97 AS Saint-Etienne
Éric Di Meco 30 ans Défenseur 8/23 Olympique Marseille
Emmanuel Petit 23 ans Milieu 14/63 AS Monaco
Jean-Michel Ferri 25 ans Milieu 2/5 FC Nantes
Éric Cantona (cap) 28 ans Milieu 38/45 Manchester United (Angleterre) 1 but
Christophe Dugarry 22 ans Attaquant 1/55 Girondins de Bordeaux
Jean-Pierre Papin 30 ans Attaquant 51/54 AC Milan (Italie)
David Ginola 27 ans Attaquant 10/17 Paris Saint-Germain
Remplaçants
Reynald Pedros 22 ans Attaquant 5/25 FC Nantes
Corentin Martins 24 ans Milieu 7/14 AJ Auxerre

Ne sont pas entrés en jeu : Bernard Lama (PSG, gardien), Bixente Lizarazu (Bordeaux, défenseur), Didier Deschamps (OM, milieu), Marcel Desailly (AC Milan, milieu), Paul Le Guen (PSG, milieu), Youri Djorkaeff (Monaco, attaquant), Nicolas Ouédec (Nantes, attaquant).


 

pour finir...

Sources : Les sites selectiona.free.fr, FFF, Wikipédia... L’ouvrage « L’intégrale de l’équipe de France de football » (First édition, 1998) de Pierre Cazal, Jean-Michel Cazal et Michel Oreggia.

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