Les bicyclettes bleues : brève histoire des volées acrobatiques

Publié le 24 septembre 2020, mis à jour le 2 octobre 2020 - Matthieu Delahais

On les appelle aussi ciseaux, ou papinades. Certains s’en sont fait une spécialité en équipe de France, comme Amara Simba, Luis Fernandez et bien sûr Jean-Pierre Papin. Récemment, Blaise Matuidi ou Florian Thauvin ont repris le flambeau.

La bicyclette est sans doute le geste le plus spectaculaire du football. C’est une reprise de volée, où la jambe d’impulsion est aussi celle du tir. Les deux jambes se croisent alors dans les airs et forment un ciseau, d’où l’autre nom de ce type de reprise. Quelques Bleus ont eu l’occasion de marquer de cette façon… En voici une liste sans doute incomplète, mais agrémentée de quelques volées acrobatiques ne répondant pas exactement aux critères d’une bicyclette exécutée dans les règles de l’art.

Papin, spécialiste incontesté et marque déposée

La sélection a eu la chance de bénéficier d’un joueur dont la grande spécialité était les reprises de volée, dont certaines étaient très spectaculaires au point qu’on leur a données un nom dérivé du patronyme de leur auteur : la papinade. Jean-Pierre Papin, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a eu le bonheur de réaliser une bicyclette parfaite lors d’un France-Belgique au début de l’année 1992.

Alors que la France se dirigeait vers une défaite (elle était menée 2-3 par les Diables Rouges à 5 minutes de la fin), l’avant-centre marseillais s’est retrouvé à la réception d’un centre lobé de Basile Boli. Profitant du marquage un peu large du défenseur central belge, le buteur a eu parfaitement le temps de prendre ses appuis pour envoyer le ballon dans la lucarne adverse d’un magnifique ciseau retourné.


 

Mais le tout frais Ballon d’or (JPP venait de remporter le trophée récompensant sa belle année 1991) n’en était pas à son coup d’essai avec les Bleus. Un an plus tôt, il avait aussi marqué d’une spectaculaire reprise de volée face à l’Espagne, donnant l’avantage à son équipe sur ce but. Mais dans ce cas, on ne peut pas parler à proprement de bicyclette puisqu’il n’a pas marqué avec sa jambe d’appui. Ce but, que l’on pourrait qualifier à la fois de reprise pas tout à fait de volée ou de ciseau pas tout à fait retourné, n’en reste pas moins l’un des plus beaux qu’il ait marqué en équipe de France.


 

Amara Simba, étoile filante

Ce début des années 1990 a été une période privilégiée pour les buts mémorables. En plus de JPP, un autre avant-centre français s’était illustré par ses bicyclettes. Amara Simba, vainqueur à l’issue des saisons 1989-90 et 1990-91 du plus beau but de la saison en division 1 (une bicyclette à chaque fois), n’a eu que rarement sa chance avec les Bleus (3 sélections et 2 buts), barré par le duo inamovible Papin-Cantona. Mais lorsqu’il a pu remplacer le numéro 9 habituel des Bleus, suspendu lors d’une rencontre face à l’Islande, c’est bien entendu d’une reprise de volée en ciseau qu’il a marqué.


 

Pour compléter cette période, on pourra aussi citer Luis Fernandez, auteur de deux reprises de volées en ciseau (mais pas en retourné) quasi identiques, à chaque fois contre l’Espagne (pays dont il est originaire) pour à chaque fois une victoire 2-1 des Bleus.

Une première en 1948 ?

S’il n’est pas trop difficile de retrouver la trace des bicyclettes depuis une cinquantaine d’années, il est plus compliqué de le faire lorsque l’on remonte avant les années 70, quand les matches n’étaient pas systématiquement filmés. En se basant sur l’Intégrale des 497 rencontres de l’équipe de France, (Pierre Cazal, Jean-Michel Cazal et Michel Oreggia), il semblerait que la première ait été l’œuvre de Larbi Ben Barek, le 6 juin 1948 face à la Belgique. Son but y est décrit somme une « reprise d’un retourné du gauche sur un centre de Batteux ».

Huit ans plus tard, Jean Vincent est crédité d’une « reprise en ciseau retourné d’un centre de la Deladerrière » lors d’une victoire 2-0 face à l’Autriche, le 25 juin 1956. Il faut ensuite attendre le 5 septembre 1970 et une victoire 3-0 face à la Tchécoslovaquie pour trouver la trace d’une but similaire. C’est l’œuvre de Philippe Gondet, auteur d’une « reprise à 4 mètres en retourné d’un corner d’Herbet rabattu par Bereta ». Une vidéo de ce but existe et ce n’est pas à proprement parlé une bicyclette, Gondet ayant prolongé le ballon d’une volée dos au but.


 

A peine deux mois plus tard, c’est Marco Molitor qui marque de manière spectaculaire face à la Belgique. Alors que le score est vierge, l’attaquant français reprend d’une « reprise acrobatique aux 6 mètres un centre de la droite de Georges Lech ». Les deux pieds semblent bien décollés du sol et le Français marque bien avec sa jambe d’appui, mais le ciseau est quand même difficile à voir. En avril 1974, Bernard Lacombe est crédité d’une « reprise en retourné d’une balle relâchée par Vencel sur percée d’Adams » face à la Tchécoslovaquie.

La période contemporaine

Rien n’est marqué de manière spectaculaire jusqu’au trio Fernandez-Papin-Simba à la charnière des années 1980-90. Il faut ensuite patienter jusqu’à 1998 pour que Youri Djorkaeff se contorsionne dans les airs pour marque de la sorte face au Maroc. Steve Marlet (30 mai 2001) et David Trezeguet (26 mai 2002) s’illustreront ensuite tous les deux de la sorte face au même adversaire (la Corée du Sud) à un an d’intervalle. Pour sa première sélection face à l’Equateur en mai 2008, Bafétimbi Gomis inscrit non seulement un doublé en une mi-temps, mais le second est une volée à l’horizontale.

En mars 2014 face aux Pays-Bas, Blaise Matuidi marque un but acrobatique assez indescriptible (pas un ciseau, ni une reprise de volée, et pas non plus le coup du scorpion) mais vraiment spectaculaire. Enfin, Florian Thauvin a ouvert son compteur but en équipe de France d’une belle volée aérienne face à Andorre en juin 2019.


 

A paraître le 12 novembre 2020



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