Ainsi s’achèvent les carrières (2) : en phase finale

Publié le 25 janvier 2019, mis à jour le 31 janvier 2019

Deuxième partie de cette série, consacrée aux joueurs qui ont quitté l’équipe de France à l’occasion d’une phase finale d’Euro ou de Coupe du monde. Certains l’ont même fait au terme d’une finale...

Après avoir évoqué une douzaine de grands joueurs qui ont quitté les Bleus dans l’indifférence (Lire l’article Ainsi s’achèvent les carrières (1) : dans l’anonymat), voici ceux qui ont (plus ou moins) choisi de partir au terme d’une phase finale. Parfois, mais rarement, ça se termine par un titre ou par une finale, mais il arrive que les adieux tournent mal, par une élimination sèche au premier tour. Voici quatorze récits de ces départs au soleil.

Robert Jonquet, le 9 juillet 1960 (Tchécoslovaquie, 0-2)

Les Français n’accordaient déjà pas grande importance à cette nouvelle Coupe d’Europe des Nations dont les demi-finales et la finale se jouaient chez eux. Alors, après s’être fait corriger en demi par la Yougoslavie (4-5 après avoir mené 4-2), le moral est dans les chaussettes et le besoin de vacances se fait sentir. Dans un Vélodrome qui sonne creux (9438 spectateurs), Robert Jonquet, Jean Vincent, Jean-Jacques Marcel et Maryan Wisnieski font plus ou moins bonne figure avant de céder deux fois en deuxième mi-temps.


 

Christian Lopez, le 10 juillet 1982 (Pologne, 2-3)

Moins de 48h après le final dramatique et poignant de Séville, Christian Lopez est aligné dans un match que personne ne veut jouer, celui pour la troisième place de la Coupe du monde, à Alicante. Trésor, Janvion, Amoros et Tigana s’y collent, et Lopez entre à la 66e à la place de Janvion qui est carbonisé. A ce moment-là, le match est plié : alors qu’ils avaient ouvert le score par René Girard, les Bleus sont menés 1-3 par la Pologne de Lato, Boniek et Szarmach. Le libéro des Verts joue ses dernières minutes en sélection, le temps de voir Alain Couriol inscrire le dernier but de l’équipe de France dans la compétition.

Didier Six, le 23 juin 1984 (Portugal, 3-2)

Dans un stade vélodrome où il a joué entre 1978 et 1980, Six sent la consécration toute proche. Contrairement à Dominique Rocheteau, dont l’Euro est un échec, Bernard Lacombe et lui résistent bien aux jeunes attaquants français (Bravo, Ferreri et Bellone) qui commencent à percer. Mais sa demi-finale n’est pas bonne, et Michel Hidalgo le remplace à la 101e minute par Bellone, qui sera titulaire en finale. Sa 52e sélection est aussi sa dernière : on ne verra plus ce gaucher fantasque et créatif, capable du pire et du meilleur.


 

Bernard Lacombe, le 27 juin 1984 (Espagne, 2-0)

A bientôt 32 ans, la cote de l’attaquant de Bordeaux ne faiblit pas pour Michel Hidalgo, qui l’a aligné trois fois lors de l’Euro, contre le Danemark et la Belgique au premier tour et face au Portugal en demi-finale. Il est encore là en finale contre l’Espagne, aux côtés de Bruno Bellone préféré à Didier Six. Et c’est lui qui, au métier, obtient un coup franc extrêmement discutable à la 57e minute alors que l’Espagne domine les débats. La suite, on la connaît : frappe à ras de terre de Platini qu’Arconada semble capter puis laisse filer derrière la ligne. A dix minutes de la fin, il laisse sa place à Bernard Genghini, le devoir accompli.

Dominique Rocheteau, le 21 juin 1986 (Brésil, 1-1, tab)

Il y a pire endroit que le stade Jalisco de Guadalajara jaune bouton d’or pour clôturer onze ans de carrière internationale. Dominique Rocheteau fait une Coupe du monde de très haut niveau et forme avec Yannick Stopyra un duo offensif de grande classe. Contre le Brésil, il centre le ballon qui arrive au second poteau à Michel Platini pour l’égalisation française, avant de se créer plusieurs occasions brûlantes puis de sortir, à bout de forces et victime d’une contracture à la cuisse, à la 99e minute. Il sera forfait pour la demi-finale contre la RFA, contrairement à Séville, en 1982, où il avait joué, diminué par une blessure au genou.


 

Alain Giresse, le 25 juin 1986 (RFA, 0-2)

Qu’elle aura été longue et difficile, cette Coupe du monde jouée en altitude et à midi, pour Alain Giresse. A bientôt 34 ans, le Bordelais est asphyxié et peine à faire des différences contre des Allemands pas brillants, mais déterminés comme jamais et qui n’hésitent pas à mettre la semelle. Giresse sait bien que si les Bleus perdent ce match, ce sera son dernier en sélection, mais c’est clairement la partie de trop pour lui, quatre jours après le dantesque France-Brésil. A la 71e, Henri Michel le remplace par Philippe Vercruysse, qui ne fera pas mieux. C’est sur le banc qu’il voit ses coéquipiers déferler sur la cage de Schumacher, mais c’est un jour sans et Rudi Völler porte l’estocade à la dernière minute.

Maxime Bossis, le 28 juin 1986 (Belgique, 4-2)

Ce match-là, il n’était pas prévu qu’il le joue, le défenseur central du Racing. Nul besoin de lui pour la troisième place, surtout après ses performances exceptionnelles tout au long de sa troisième Coupe du monde. Mais à la 55e minute, Yvon Le Roux se blesse. Le grand Max rentre et s’offre une passe décisive pour Bernard Genghini, d’une déviation de la tête sur un centre de Ferreri à la 104e minute. Et voilà comment Bossis établit un nouveau record de sélections (76) et termine joliment une énorme carrière en Bleu. Même s’il aurait préféré le faire le lendemain au stade Azteca de Mexico, contre l’Argentine…


 

Manuel Amoros et Luis Fernandez, le 17 juin 1992 (Danemark, 1-2)

Après une bouillie contre la Suède et l’Angleterre au premier tour de l’Euro, les Bleus de Platini peuvent encore se qualifier pour les demi-finales, à condition de ne pas perdre contre des Danois venus en touristes et qui vont repartir avec le trophée. Amoros est capitaine et recordman de sélections (82), Fernandez remplaçant entre à la pause à la place de Pascal Vahirua alors que les Bleus sont menés 0-1. Ça ne changera rien : après l’égalisation de Papin qui serait suffisante, les Danois repassent devant à la 78e. C’est la fin de l’histoire pour deux des héros de Guadalajara.

Youri Djorkaeff, le 11 juin 2002 (Danemark, 0-2)

A 34 ans, le Snake fait la Coupe du monde de trop et il le sait. Le forfait de Zidane avant le match d’ouverture fait de lui le meneur de jeu des Bleus, mais il n’y arrive pas. L’équipe de France se fait piéger contre le Sénégal (0-1) malgré son attaque Wiltord-Trezeguet-Henry. Face à l’Uruguay, Roger Lemerre remplace Djorkaeff par Micoud, mais les Bleus jouent à dix pendant plus d’une heure (0-0). Contre le Danemark, Zidane est de retour sur une jambe, et à 0-2, élimination actée, Djorkaeff sort du banc à sept minutes de la fin pour une 82e et dernière cape. Quatre ans plus tôt, il avait marqué face au Danemark au même stade de la compétition. Pas cette fois.

Fabien Barthez et Zinédine Zidane, le 9 juillet 2006 (Italie, 1-1)

Finir en Bleu en finale mondiale, des centaines de joueurs en ont rêvé, Barthez et Zidane l’ont fait. Ils auraient sûrement préféré conclure en beauté en brandissant la Coupe du monde, mais ils ne se seront que partagé le brassard de capitaine. Le premier est battu deux fois par Marco Materazzi, de la tête à la 19e et aux tirs au but deux heures plus tard. Le second l’étale d’un coup de tête et sort sur carton rouge après avoir marqué d’une panenka qui ricoche deux fois sous la transversale, franchit la ligne et ressort. Jusqu’au bout, les deux chauves les plus célèbres du football français n’auront rien fait comme les autres.


 

Lilian Thuram, le 13 juin 2008 (Pays-Bas, 1-4)

Six des finalistes de la Coupe du monde 2006 sont sur la pelouse de Berne pour affronter les Pays-Bas au premier tour de l’Euro 2008, mais les Bleus vont s’effondrer. Lilian Thuram porte le brassard de capitaine et joue son 142e match en sélection, record de Marcel Desailly explosé. Lui aussi explose dans une rencontre où tout va trop vite. Kuyt, Van der Vaart, Sneijder et Van Nistelrooy déferlent sans arrêt, et en deuxième mi-temps, Robben et Van Persie en mettent une deuxième couche. C’est la plus large défaite des Bleus (1-4) en phase finale de l’histoire après celle contre le Brésil en 1958 (2-5). Et la première fois que l’équipe de France encaisse quatre buts depuis août 1982. C’est beaucoup pour Thuram, même trop. Il ne joue pas le dernier match contre l’Italie, et met un terme à sa carrière deux mois plus tard pour malformation cardiaque héréditaire.


 

Thierry Henry, le 22 juin 2010 (Afrique du Sud, 1-2)

L’équipe de France alignée par Raymond Domenech à Bloemfontein ne ressemble plus à grand chose. La mutinerie de Knysna, 48 heures plus tôt, est passée par là et il faudrait un miracle, c’est-à-dire un carton, pour espérer voir les huitièmes de finale de la Coupe du monde. Contre une Afrique du Sud vaillante mais pas impressionnante, les Bleus vont encaisser rapidement deux buts et perdre Yoann Gourcuff, expulsé. Thierry Henry, fantomatique jusque là, se voit offrir par Raymond Domenech une 123e et dernière sélection en remplaçant Djibril Cissé à la 55e minute. Il récupère au passage le brassard que lui cède Alou Diarra mais, malgré la réduction du score de Malouda, la défaite est consommée.

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